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mercredi 16 juillet 2014

Le Festival international du Film Océanien s’exporte



11ème FIFO à tire d’aile

Débobinée aux tous premiers jours de février à Tahiti, son île d’ancrage, la 11ème session du Festival International du Film Documentaire Océanien (FIFO), parcourt le monde. Juste pour goûter : un petit aperçu…

Du Festival fidjien  « Islands in the world 2 - OIFF » au « Wairoa Maori Film Festival » de Nouvelle-Zélande, sans oublier la section « Fenêtre sur le Pacifique » de Cabourg, Sydney et plus tard, «  Le Festival des Peuples » de Nouvelle-Calédonie, il sillonne 2014, ses océans, ses continents, du printemps à l’automne…

L’écran océanien voyage
Sous le signe de la 11ème, avec 11 étapes, le FIFO fait son cabotage inter-îles à travers le territoire éclaté de Polynésie française. Sa tournée « Hors-les-murs dans les îles », diffuse gracieusement aux insulaires la manne cinématographique grâce à ses ambassadrices attitrées  (Michèle de Chazeaux et Miriama Bono).

Qu’est –ce qui fait courir le FIFO ?
Si les îliens des cinq archipels polynésiens bénéficient de cette initiative indispensable, reste à saluer l’effort des organisateurs. Malgré des traversées ou des vols onéreux, les îles inaccessibles se côtoient par écrans interposés ; lointaines, peu peuplées elles ne disposent pas forcément de l’infrastructure adaptée. Ce n’est pas sans ténacité que s’effectue cette programmation, soumise aux aléas de la mer et des coups de vent.

Le FIFO, aidé de ses partenaires et de ses sponsors (associatifs, municipaux, logistiques ou éducatifs), maintient cette opération essentielle en faveur des populations les plus démunies. Les thèmes abordés par les films  ne montrent qu’elles -elles : les populations excentrées, en marge de… ou aux prises avec les bouleversements du monde moderne-. Elles : leurs cultures résiduelles, leurs ancêtres, leurs attaches, la perte de leurs repères, les monopoles qui les écrasent, leur combat pour que survivent leurs valeurs, tout ce qu’on a oublié d’eux…

Un film, un auteur invité au jury, Witi Ihimaera (N-Zélande)
Ce sont eux, le public des îles, les sujets vivants que le festival a fixés, sur les écrans du monde… Et le retour d’images est capital, pour eux, comme pour la continuité du film documentaire océanien.

Il est juste à regretter que ces prises de consciences réciproques ne s’effectuent qu’hors contexte du brassage démographique, de l’accueil indéniable dont les « insulaires du bout du monde » auraient été gratifiés en plein festival de février.

L’image miroir en tournée
Ce qui manque aussi aux habitants des îles périphériques de Tahiti, c’est la totalité des films du FIFO.  Par contre, la programmation « Hors les Murs » pioche dans les deux catégories  "en compétition" et "hors compétition" et par le fait, en propose les primés : entre autres, « Ananahi, demain » (Prix du Public), « La Compagnie du Pacifique » (Prix du Jury) et « I’m going to mum’s » (Prix du meilleur court-métrage, dans le OFF). Le reste continue à se dispatcher.


« Peuple marquisien… on existe » clame le Groupe TAKANINI
Pour exemple, voilà donc le FIFO en tournée, face à son public originel des Marquises et des Tuamotu avec deux films primés. Ils sont représentatifs  du vécu polynésien : un abrégé en quelque sorte. D’abord, la relation à l’héritage culturel dans les dires du jeune Groupe musical marquisien TAKANINI : « …notre culture est effacée… le bitume a coulé dans nos cervelles… colonisation, conversions (religion), CEP, société de consommation. ». Ensuite, le laborieux ajustement entre insularité et contraintes administratives abordé ainsi par le script dactylographié de la bande annonce (du 2nd film) : « ces lieux improbables (!!!) que constituent ces quelques atolls isolés, disséminés sur les 500 000km2 de l’Archipel des Tuamotu ».

L’humour véhiculé à propos de l’inadéquation entre les lois de la République et l’autarcie insulaire, n’escamote pas le point de non-retour de l’autogestion coutumière en fenua paumotu. D’autres portes sont ouvertes par la similitude avec les civilisations autochtones de Nouvelle-Guinée (Des œufs dans la cendre), la déchirure du retour aux rites ancestraux (Papous entre deux mondes), la quête des mythes originaires (Take me to Pitcairn), les préoccupations de l’écosystème (The valley of the sharks), la réappropriation  des modes de vie (Inside the monster, Queen of the desert, Le truck polynésien).  

Maeva !
Les Polynésiens s’y reconnaissent-ils ?  Tentons de le savoir dans le cadre même du FIFO à Papeete. Autant qu’ils en ont les moyens et ils sont rares, les cinéphiles des îles périphériques, font tout pour s’y rendre. Pour les privilégiés, la convivialité, la dimension humaine qui s’en dégagent, ne sont pas qu’une impression. Le microcosme qui y évolue, dans la réalité comme à l’écran (sous-titré ou doublé en anglais ou en français) est avant tout maoh’i ou maori.

Un public venu de partout
Pendant six jours, du 03 au 09 février,  j’ai été nourrie au lait océanien : une nouvelle naissance, en quelque sorte ! L’image cinématographique me livrait les clés de ce que je ressentais au quotidien : véritable décodeur, elle m’a servi de lien direct entre la manière d’être et de vivre des Polynésiens contemporains et leurs principes ancestraux. Théorie et pratique en toute adéquation !

Ce n’est pas que tout soit parfait (vu l’absence des moyens de transport, tard le soir) ! Mais ce qui m’a été transmis, par le contenu des films, par ce qui se vivait au festival, est de l’ordre des valeurs humaines. C’est de cette surabondance dont je veux vous faire part. Bien sûr, je ne suis pas dupe : certains festivaliers peuvent ne rien avoir ressenti, être imperméables. Il faut dire que la fréquentation des coulisses du festival, du point-presse et de l’administration m’ont permis de m’en imprégner davantage.

Le FIFO qu’est-ce ?
Un régal au quotidien. Des images qui se vivent  à fleur de peau : une empathie sans détour, sans protocole. Sans que tu aies besoin de demander quelque chose, les Polynésiens te donnent tout. « Le prêt à l’accueil », c’est comme « le prêt à porter », tu l’endosses direct ! Il se situe à tous les niveaux. De la balayeuse sous la pluie aux informateurs à badge et T-shirt noir. Chacun te réoriente dans les courelles et passages en labyrinthe où tu t’es égaré, te propose de fixer ton passage en photo… C’est le cadeau permanent.

…dans les couloirs du FIFO : Bella
Même s’il faut tenir compte des fluctuations de rendez-vous, des contraintes de disponibilités du jury, des réalisateurs, des président et directeur ou d’une rare modification de programme au terminus du festival, le point-communication est performant ; se mettant en quatre pour satisfaire nos velléités de journaliste.

Les abords du chapiteau de conférence constitue l’un des pôles de rencontres, qu’elles soient officielles ou non. Il est central, adossé à la Maison de la culture ou Te fare tauhiti nui et séparé du podium, des stands sous tente et autres spots médiatiques, par le « paepae  Henri Hiro » : petite esplanade sous banians, propice à la pause et rythmée par des quartets kaina.

Un cinéma dont l’histoire est à écrire…
Mitoyenne d’étals artisanaux au calme laborieux, des « Ateliers » de pitch, de  tournage, de montage, de scénario, elle mène aux deux salles de projection. Et si à l’édition-librairie « Au vent des îles », ne figure aucun volume sur l’histoire du cinéma océanien, ni polynésien, ni tahitien… l’éclairage est donné sur « l’aborigène »…

Un public en constant débat
Autochtones, insulaires, Océaniens, installés dans le Pacifique depuis plus de 35 000 ans, appartenance territoriale, colonisation, indépendance, mutation et hiatus entre communautarisme et modernisme, telle se perçoit de façon globale la thématique qui alimentera la plupart des débats entre public et réalisateurs. Car la méconnaissance est grande entre le continent insulaire et le reste du monde.

Les débats en salle révèlent parfois que le public attend des réalisateurs qu’ils résolvent la vraie question posée par leur film ! Exigeant avec ça ! Et parfois aussi qu’ils se positionnent davantage, voire qu’ils prédisent l’avenir ! Ceci étant dit pour l’anecdote, le dialogue prouve aussi la curiosité insatiable du spectateur et son réel intérêt pour les constats  sociétaux de fond. De notre côté, nous avons prospecté hors micros, les avis croisés d’un public international ou local. Avec ou sans photos, car les spectateurs tiennent parfois à garder l’anonymat, je vous livre leurs propos, librement glanés entre deux séances :

Un public qui débat
« Les films documentaires de cette session proposent une véritable immersion culturelle : il te permettent de déconstruire tes approches venues d’ailleurs et d’intégrer avec davantage de finesse la mentalité que tu côtoies tous les jours. Au bout du compte, tu as changé ! La métamorphose est définitive, parce c’est par le ressenti que la pensée, l’enseignement océaniens te sont parvenus. Et là ! La force des témoignages a été puissante : bravo !»

« Le FIFO est l’occasion de se remplir les yeux et la tête. Depuis sa création, je n’ai manqué aucune session. Avant, je me prenais une semaine de congés, maintenant je suis à la retraite. Et à chaque fois, je trouve que la qualité est meilleure d’une année sur l’autre. »

« Ce qui m’interroge, c’est l’absence de réalisateurs autochtones et de productions totalement locales tahitiennes… Pas de nouveaux noms ! Les anciens, les mêmes…» « Bien sûr, nous savons que la médiatisation doit s’assurer de fortes structures internationales, mais… »


Points de vue et apartés…
«  Dans "La Compagnie des Archipels", nous ne contestons pas le rôle de la gendarmerie : son rôle social, son travail de médiateur entre la pénalisation et la loi ; pas plus que le fait qu’il soit axé sur la délinquance : nos travers sont là. Mais nous nous sentons "transparents en tant que Polynésiens" derrière la mission qu’ils mènent. » ; « Les voix paumotu ne s’entendent que pour servir d’écho. Le dialogue n’est pas vraiment établi, il est circonstancié. » ;  « La vision est édulcorée. La réalité est plus hard » ; « Le point de vue est métropolitain et il ne s’oppose en rien à un autre avis : le nôtre. » me confie un groupe d’étudiants.

Le Documentaire Océanien  peut-il être porté exclusivement par les natifs ou  se partager avec des réalisateurs ou des productions étrangères ? Telle est la question qui revient souvent.

Passagère du rêve polynésien !
De tous les festivals du monde que j’ai pu fréquenter sur trois autres continents (Afrique, Amérique, Europe), il est indéniable, culturellement d’abord et professionnellement ensuite, que l’accueil polynésien est à nul autre pareil. Tous les services vous traitent au Monoï !

L’ambiance, toujours…
Alors, c’est quoi le FIFO ?  Des figures entre anonymat et légende captés sur  écrans, des mondes burinés dans la pierre, dans les gestes,  graffés dans la peau, l’effort, la sueur, les corps décharnés, dans le rythme lent de la parole et de l’accomplissement.  Un  bain culturel océanien, un panorama extrêmement vivant avec ses facettes innombrables : de l’origine du temps océanien, des temps préhistoriques, des temps de tous les possibles au resserrement de l’histoire, du temps qui achoppe avec l’Occident et des temps qui s’emballent et défigurent l’horizon.

L’image y est fréquemment soignée, souvent peaufinée, pour la plupart des réalisateurs qui ne lésinent pas sur l’approfondissement de leur sujet. Elle atteint une personnalisation, peut-être assez inattendue dans le domaine du documentaire. On ne sait plus ce qui les rend si colossales, si riches d’émotion : la focalisation de l’objectif, la densité  du propos, l’intensité humaine de cultures aussi diverses ? 

Est-ce la démesure de ce continent, isolé par tant de masses marines, qui imprègne les réalisateurs de ses tsunamis visuels ?  Et qui nous le rende si proche, intime même !

Banians, paepae et ukulele
Dépaysée ? non !  "Océanisée", oui !  Sur ce Continent dont on ne comptabilise que les surfaces émergées. Où les terres s’éparpillent dans le lit d’un Pacifique Sud étiré sur près d’une centaine de millions de km2.  J’ai inversé mes balises. La rumeur de l’image, la vérité de l’humain.


Un article de  Monak

NB - Paris après les îles, le FIFO continue son périple…
Voir aussi sur le blog :

Tous droits réservés à Monak. Demandez l’autorisation de l’auteur avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.




dimanche 13 juillet 2014

Surfing, a Polynesian invention


Horue ra'a
the favorite leisure of young Polynesians

If the modern practice of the surfing developed from the Hawaiian Islands, it’s in fact a Polynesian invention. A game practiced, lying on a board.

At the beginning of the twentieth century an American had the crazy idea to stand up on a board. Strangely, there’s no trace, no study about the invention and the story of surfing in Polynesia. However, the Tahitian language contains two words to speak about it: ‘iri faahee indicates the board itself, and horue ra’a means to slide on the water with a board.

Surfing in Polynesia and the History
The former known reference of the surfing is found in James Cook’s logbooks.

The origins of surfing in Polynesia
Here’s how the famous navigator told what he had seen in Tahiti:
“We saw ten or twelve Indians who swam for their pleasure; when the waves broke around them, they dived underneath and reappeared on the other side with an ease and inconceivable address. This show was funnier when the rowers seized the back  of an old dugout and pushed it in front of them by swimming until a rather big distance in sea; so two or three of these Indians put themselves above, and pushing the squared end against the wave, they were driven away towards the rib with an incredible speed, and sometimes even until the strike; the wave broke usually on them before they were halfway, then they dived and got up on the other side always by holding the rest of the dugout.”

The practice of the horue ra’a seems to have been an activity governed by strict codes enacted by the aristocracy on reserved beaches. Over time, the people could devote themselves to this sport, provided they satisfied rules.

At the time of Cook, we think that the Polynesians had used already three types of boards and their manufacturing answered a whole ceremonial in which each step must be respected.

Mythology
Oddly, none Polynesian legend dealing with the surfing has reached us. Two only references of this practice which we discovered, are in the Marquesan legend of Kena and in the Tahitian legend of Huriitemonoï. But the legend of Kena tells the birth of some Marquesan tattoo designs. As for Huriitemonoï it recounts how Mangarevan princess became Queen of Tahiti.

Surfing, much more than a simple game…
However, in these both legends, surfing seems like a fun and usual activity, with nothing exceptional.

The surfing in Polynesia today
Nowadays, the surfing is one of the most popular and most appreciated sport of the Polynesians. This is particularly true for The Society Islands where the spots are the most numerous and famous. The kids are surfing more or less regularly in our islands. So, throughout the year, many competitions allow the surfers to measure themselves.

Surfer’s dream…
The surfing is a real social phenomenon. To the point that a whole economy developed around this activity: from the manufacturing of boards to clothing lines and any sorts of accessories.

It’s everywhere in the contemporary Polynesian society. Exposures of photos or paintings, projections of movies and even concerts come to remind us its place. Without omitting a very supplied timetable.

The main surfing spots in Polynesia
If we can go surfing almost everywhere in Polynesia, we found the most famous spots in the Society Islands.

The wave of Teahupoo as seen by the surfers before launching…
The most famous of all is in Tahiti, near the pass of Havae: “the most beautiful left of the world”, mythical Teahupoo, suits for the very experienced surfers. It became an essential stage of Billabong Pro which gathers, every year, for the world championship, the top 40 surfers in the world. All year round, the greatest surfers come to confront there.

In Tahiti, we can also surf in the following places: Taapuna (West coast) is the busiest site. It’s a reef wave for surfers of excellent level. The pass of You Ava Ino, with those of You Ava Iti and Vairao waves suiting better to the surfers of average level. The Venus  Headland (East Coast) and on the South side beaches, Papara have places accessible to beginners.


An excellent report on “The Wave” of Teahupoo to see absolutely
We can also surf at Moorea on the site of Haapiti, with powerful waves.

In Huahine, Fitii and Parea offer reef waves all year long. As for Ava Mo’a’s pass, in front of the village of Fare, it’s a considered surfing spot in the whole Pacific.

It’s, of course, also possible to surf on Bora Bora, Raiatea and on many other Polynesian Islands, however sites above are the most renowned.

An article of Julien Gué
Translated from French by Monak


Copyright Julien Gué. Ask for the author’s agreement before any reproduction of the text or the images on Internet or traditional press.



vendredi 11 juillet 2014

Les figures du Sahel tunisien


Des bâtisseurs aux pourfendeurs

Des personnalités qui sont entrées dans l’histoire par la grande porte, le Sahel tunisien n’en manque pas ! Elles en sont originaires ou elles l’ont suffisamment marqué au passage.

Je ne les évoquerai pas toutes : les énumérations sont fastidieuses. J’en tairai d’autres. Pour ne pas remuer les erreurs de l’histoire ou ressasser les épisodes douloureux. Par contre, je ne pourrai me soustraire à en évoquer de pénibles, car elles sont incontournables. Certaines ayant déjà fait leur apparition dans des articles précédents*, il suffit de vous y reporter.

Mahdia à l’aube des mythes du Sahel
Les grandes figures de l’histoire ont des relents d’épopée. Je ne passerai pas à côté de ce plaisir tant il est succulent de se plonger dans l’incroyable mais vrai !

Dans la famille corsaire…Dragut
Des lignées de Darghouth et autres patronymes similaires ont fait souche en Tunisie. On ne saurait négliger ni l’impact des corsaires dans les villes portuaires, ni leur aura...

 Même si Dragut tient ses origines de Turquie, même si sa date de naissance n’est qu’approximative (v. 1515), la vocation maritime du Sahel lui confère toute sa superbe. Dragut Torghoud Rais, fils de paysans d’Anatolie « s’engage très jeune dans la marine turque ». Capturé par les Génois, Khayr ad-Din Barberousse, le rachète et l’enrôle en tant que corsaire. Les côtes méditerranéennes sont à sa merci pendant une vingtaine d’années.

A cette époque, la concurrence est rude entre l’empire ottoman, Charles-Quint et François Ier qui se disputent la suprématie du bassin méditerranéen. Les services de la flotte génoise s’accordent au plus offrant. Dragut, mis aux fers sur leur galère, ne doit sa liberté qu’à l’acquittement de sa rançon (1544). Il installe alors sa base à Mahdia, soumet et écume la région. En 1560, bloqué dans l’île de Zerbi (près d’Alger), il réussit à s’en échapper.

Dragut le corsaire
Avec quinze galères, il rejoint les Turcs devant le siège de Malte en 1565. Il est tué par un boulet de canon. D’éclats en aventures, sa vie est émaillée d’exploits dont les récits alimentent encore l’imaginaire des Mahdois.

L’épisode de Dragut n’est pas anodin, dans la mesure où Tunisie et empire ottoman sont étroitement liés ensuite. Devenue province ottomane en 1574, la régence ottomane de Tunisie s’affranchit d’Istanbul au cours du XVIIème siècle avant d’être convoitée par la France en 1878 qui transforme de façon musclée son annexion en protectorat en 1881.

Farhat Hached un syndicaliste engagé
Farhat Hached, lui, ne recherche pas la gloire. Il sera pourtant broyé par l’implacable machine du colonialisme finissant. A la fleur de l’âge, à 38 ans, il est sacrifié aux intérêts du Protectorat français. La Tunisie représente un point stratégique en Méditerranée.


                              Farhat Hached, le militant

         Assassiné ! Ce n’est pas le sort auquel peut s’attendre un syndicaliste ! Mais il est vrai que les syndicats du début du XXème siècle ne sont pas ménagés. La défense des travailleurs ne peut se dissocier de la politique, surtout quand leur sort est sujet à discrimination.                                                                     
Né en 1914 à El Abbassia, aux îles Kerkennah, Farhat  Hached est contraint de travailler tôt et peut relever toutes les infractions auxquelles sont soumis les travailleurs d’Afrique du Nord. En 1930 il forme une section syndicale affiliée à la Confédération Générale du Travail (CGT). Moyennant quoi il est licencié en 1939. Le régime de Vichy interdisant « toute activité politique ou syndicale », il se met au service des miséreux dans le cadre du Croissant Rouge*.

Pour résoudre les problèmes spécifiques au pays, il fonde en 1945 une section syndicaliste autonome : l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT). Elu premier secrétaire général, il prend la précaution de l’inscrire à la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL) en 1949, de façon à ce que son action soit connue et protégée par l’opinion mondiale. Le mouvement syndical s’engage dans la lutte pour l’indépendance aux côtés du Néo-Destour : statut et conditions de travail sont insécables.

Sous le ciel parisien
Revendications, manifestations, grèves se succèdent, suite à « l’échec des négociations entre gouvernements français et tunisien », à l’arrestation des leaders nationalistes, à la destitution du gouvernement beylical, à l’interdiction de l’activité politique et autres répressions violentes exercées par l’armée. L’UGTT organise la guérilla. Bilan : 20 000 arrestations…

Le plan de réforme français étant refusé par le bey de Tunis en 1952, les sévices contre les biens et la famille de Farhat Hached se multiplient. Le 5 décembre 1952, il succombe après une fusillade où, blessé, il est achevé d’une balle dans la tête.

Les responsables sont enfin démasqués en 2013 : il s’agit des services secrets français et non d’une pseudo-organisation d’extrême-droite.
 « Plus de soixante ans après la mort du leader syndical, la France a remis les archives de l’assassinat de Farhat Hached à sa famille. Elles seront rendues publiques ce 5 décembre, a annoncé son fils, Nourreddine Hached. » On apprend que, « classé confidentiel jusqu'au 21 juin 2013, un rapport des renseignements français révèle qu'avant son assassinat, le leader syndical Farhat ... »  était sous surveillance…

La place d’un « Grand »
 La France de François Hollande, président depuis un an, semble vouloir s’amender et montre sa réprobation en rendant hommage, à Paris même, au leader syndical. La famille Hached, d’autre part, refuse tout hommage de l’actuel gouvernement Ennadha et de ses milices djihadistes, suite à l’assassinat politique de l’opposant Chokri Belaïd, dans des circonstances similaires : meurtre par balles, devant son domicile (le 6 février 2013).

« Mardi 30 avril 2013, à la veille de la Fête de Travail et en présence des représentants des principaux syndicats de salariés français, Bertrand Delanoë a inauguré la place Farhat Hached à l’intersection de l’avenue de France et du boulevard du Général Jean Simon ( Paris 13e), moins de deux mois après l'hommage rendu à Habib Bourguiba. »

Dans la famille clan, corruption et dictature : Zaba…
Je pourrais poursuivre ce « jeu des sept familles » avec l’un des satrapes qui s’est imposé et maintenu à la tête du pays de fin 1987 au 14 janvier 2011. A la mesure de sa mégalomanie et de ses ambitions démesurées, il développe a contrario un fétichisme maladif au chiffre « 7 », voulant même changer la pendule de l’histoire !

Déjà en 2006, des blogs dénoncent le discrédit, que cet « accro du pouvoir » jette sur sa région d’origine, tout en occultant le berceau de sa naissance, Hammam-Sousse. Déjà démontrent-ils cette opération « main-basse sur la Tunisie », méthodes mafieuses et sans scrupules :
« Possédant déjà une villa à deux étages à Kantaoui, Ben Ali ne s’est pas contenté de faire construire un palais de rêve à Merazka… mais il a pris possession d’un terrain militaire à Sidi Dhrif pour construire un second palais. Pour quelle raison a-t-il besoin de plusieurs palais ? Pourquoi se prend-il, durant ses folles soirées au palais de Hammamet pour Haroun Al-Rachid ? …il ne peut combler son vide intérieur que par l’accumulation des richesses, les plaisirs charnels et l’extase du pouvoir. » (Source : le blog d’O. Khayyam, le 26 août 2006)

Le culte de la personnalité chez le marchand de poulets
Déjà en 2006, un blog censuré,  appelle à la révolution :
« C'est le moment de renverser ce pouvoir totalitaire et tortionnaire du général Ben Ali et d'éradiquer son système corrompu et de bannir son RCD. » affirme Chokri Yacoub.
« Chaque jour qui passe avec ZABA sur le trône c’est un jour de trop pour les millions de tunisiens,   surtout pour les familles de certains  disparus ainsi que pour  les milliers de prisonniers d’opinions qui croupissent injustement et sans motif dans les goulags du dictateur ZABA depuis plusieurs années  dans des conditions  inhumaines, ces familles qui souffrent le martyr restent très inquiètes et angoissées sur le sort atroce réservé à leurs proches... »

Mais, avant de m’en remettre à cet excellent article de Zgougou, je ne peux m’empêcher de citer ce passage de Flaubert :
 « Les Carthaginois (...) s'étaient établis au pied des murs, avec leurs bagages, leurs valets, tout leur train de satrapes ; et ils se réjouissaient sous leurs belles tentes à bordures de perles (Flaub., Salammbô, t. 1, 1863, p. 112). » La lignée des nababs n’étant pas toujours de génération spontanée, Zaba avait déjà ouvert le pays aux bakchichs du Golfe !

Feu Zaba
« Zaba, ou plutôt Zine el-Abidine Ben Ali (en arabe : علي بن العابدين زين), général autoproclamé président à vie, officieusement par des élections truquées depuis son "coup d’Etat médical" destituant le retors et vieillissant Habib Bourguiba le 7 novembre 1987.
Je me souviens du portrait dressé à l’époque par Charlie Hebdo et le Canard sur notre "ami Ben Ali" en 1999, suite à la publication du très bon livre de Nicolas Beau (réédité à La Découverte depuis janvier 2011) : absence de toute liberté d’expression, régime policier omniprésent et tortures à l’abri du si bon climat méditerranéen.

Mais pourquoi un silence si pesant des élites françaises sur ce pays à deux heures de Paris et partageant une histoire riche et commune avec la France ? Y a-t-il un rapport avec les milliers de touristes français, mais aussi européens, venant se prélasser sur les plages tunisiennes chaque année dans les fameux "Sahel d’or" construits durant les années 70 pour attirer les devises manquantes à l’économie ?

Ou plutôt – comble d’effroi du citoyen lambda – silence complaisant du monde politico-économique  franchouillard pour un régime qui assure l’ordre dans l’arrière-cour de l’Europe, face à une possible immigration montrée de manière fantasmagorique (agitée de temps à autre au gré des élections) et canalisant des barbus fanatisés par une lecture tronquée du Coran …? » (Publié le  

Un geste de ministre sans lendemain et sans conséquence
Inutile d’épiloguer davantage sur un fomenteur de complots, de misère et de chaos politique… et abordons l’ère des bâtisseurs avec Habib Bourguiba.

Habib Bourguiba, père de l’indépendance
Entre la Monastir de sa naissance et celle de sa mort, Habib Bourguiba est passé par seize ans d’exil dont les geôles françaises, un retour triomphal, une assignation à résidence et chevauche l’histoire pendant presque tout le XXème siècle (1903-2000). Formé au droit en France, il ne peut qu’imaginer une Tunisie de plein droit : débarrassée de sa régence beylicale turque et du protectorat français et se définissant une identité nationale, une « tunisianité »

Le « Combattant Suprême » est d’une trempe exceptionnelle : livré à Mussolini par le gouvernement de Vichy, libéré par l’Allemagne Nazie en 1942, il entre en Résistance. Ne pouvant s’appuyer ensuite ni sur la France libérée, ni sur la Ligue Arabe, ni sur certains de ses compagnons du Néo-Destour pour réaliser l’indépendance de la Tunisie, il ne fera ensuite que renforcer sa tendance au pouvoir exclusif.


En toute « tunisianité »
Il dote son pays d’une constitution laïque et républicaine, renforce la conscience identitaire de la population mais, surtout, s’acharne à faire passer l’éducation au premier plan : qu’elle soit scolaire ou politique, par le biais de ses causeries télévisées quotidiennes, dites « recommandations du président ». Mais il se méfie avant tout de ce qu’il ne peut contrôler car les mentalités sont conditionnées depuis des siècles au conformisme et à l’apathie.

L’éducation pour tous
En fait, indépendant dans l’âme, il doute avec raison de ses soi-disant frères du Golfe. Persuadé que le pluralisme politique constitue un danger dans les jeunes nations émergentes, il tombera dans les travers de son absolutisme.

En conséquence, ses successeurs immédiats ne sauront que profiter des failles du système pour s’y introduire, le ruiner, sans avoir l’envergure de pouvoir gérer la situation, ni de mettre au pas une population en pleine évolution.

Légende ou travestissement ?
L’histoire finit par décaper le portrait des dignitaires que travestissent les légendes, mais aussi les factions qui les ont supportés au pouvoir. Sophie Bessis et Souhayr Belhassen ajoutent à leur analyse implacable de Bourguiba en 1989 ces quelques lignes parmi tant d’autres :
« (…) quels rapports entretient la révolution tunisienne de 2011 avec l’héritage bourguibien ? A-t-on assisté à une révolution anti-bourguibienne différée ou, au contraire, cette secousse est-elle le résultat – différé lui aussi – de ce qu’a construit l’homme qui s’est si ardemment voulu le bâtisseur de son pays ?

Une analyse implacable
 « Aux premiers jours de janvier 2011, les foules joyeuses malgré les dangers, jeunes, femmes cheveux au vent, scandant leurs revendications dans un langage mondialisé porteur des aspirations de leur temps, ont donné à voir une révolution moderne, mixte, séculière, aux mots d’ordre empruntant au registre des principes universels de justice, de liberté et d’égalité. Dieu était absent. Ce n’est pas en son nom, mais en celui de la dignité humaine que la Tunisie est descendue dans la rue. On a pu dire que le fait d’y voir éclore la première révolution démocratique du monde arabe n’est pas le fruit du seul hasard.
Puisant lui-même dans la profondeur historique du réformisme dont s’enorgueillissent tant les élites tunisiennes, admirateur sincère de la modernité qu’il a tenté d’adapter dans plusieurs domaines aux réalités d’un pays dont il s’est voulu le guide, Bourguiba n’a-t-il pas jeté quelques bases de la formidable aventure tunisienne d’aujourd’hui ? L’instauration de l’éducation pour tous qui a jeté un demi-siècle plus tard des milliers de chômeurs diplômés dans la rue pour revendiquer un travail et un statut, n’est-ce pas lui ? Les femmes, n’est-ce pas lui avant tout, par-dessus tout ? L’âge moyen de leur premier mariage à trente ans, la réduction de la taille de la famille grâce à la planification familiale, encore lui ?... »


Une figure charismatique
Héros ou malheureux, bandits ou pandits ? Les personnalités qui tissent l’histoire restent encore, dans la mémoire de leur peuple, des cibles à encenser ou à écharper… surtout dans le contexte de l’après-révolution tunisienne.

Un article de  Monak

*Croissant Rouge : équivalent de la structure de la Croix Rouge
* Voir aussi :

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