Publicité

Publicité
Le nouveau roman de de Monak à lire absolument

lundi 10 septembre 2012

Falaise, la gare de Makatea


Terminus ferroviaire de la ligne phosphate

C'est en 1904 que le destin de Makatea bascule avec la confirmation d'un gisement de l'un des phosphates les plus purs du monde.

Les premières rumeurs faisant état de la présence de phosphate sur l’île de Makatea remontent à 1884. Mais c’est le capitaine Bonnet, en 1890, qui, le premier, y signale officiellement la présence de ce précieux engrais.

Le village de Temao à Makatea en 1910
Il faut toutefois attendre 1904 pour que le professeur Agassiz ramène à Papeete des échantillons pour analyse. La confirmation d’une possible et valable exploitation d’un phosphate tricalcite d’une teneur de 80 % à 85 % de minerai pur, l’une des plus élevée au monde, est enfin donnée.

Dès lors, le sort de l’île de Makatea est scellé.

 

Naissance d’une aventure industrielle hors normes

Dès 1905 arrive le chef de travaux public Touzé. En trois brèves années, il va changer fondamentalement le cours des choses.

Le Fare du directeur de la mine
En collaboration avec Maître Goupil, notaire influent de l’époque, il prend immédiatement contact avec la "Pacific Phosphate Company" qui exploite les gisements de Nauru et de l’océan Indien.

Et en 1907, avec la famille Goupil d’une part et la "Pacific Phosphate de Nauru" d’autre part, il crée la "Société française des îles du Pacifique".

Avant le train, le transport du minerai par brouettes
Dernière étape administrative et juridique, le 4 décembre 1908, naît la toute nouvelle "Compagnie française des phosphates de l’Océanie", la CFPO, société qui compte 52 actionnaires. Aussitôt M. Touzé abandonne son poste de fonctionnaire pour prendre la direction de la société.

 

Phosphates, environnement et patrimoine culturel

Si le respect de l’environnement et des sites archéologiques est signalé dans les écrits officiels, malheureusement, l’archéologie, à cette époque, n’en est qu’à ses balbutiements et l’extraction du phosphate est prioritaire. Donc, ni fouilles, ni étude...

La grotte funéraire de la princesse espagnole
Heureusement, les grottes funéraires d’époque pré-européenne se situaient souvent hors d’atteinte. La plupart d’entre elles échapperont donc à la destruction. En 1930, on recense l’existence de huit marae. Seul celui de "Ra Inpu" est préservé.

Quant aux nombreuses cavernes contenant de limpides nappes d’eau qui auraient pu satisfaire une population assez importante, elles ne serviront que tout au début au ravitaillement des nouveaux arrivants. Ensuite, l’exploitation sera toujours prioritaire.

L’eau douce et cristalline de la grotte Vairoa
La nappe phréatique ne sera atteinte qu’en 1933 et ne fournira jamais plus de 150 m3 d’eau par jour. L’approvisionnement se fera donc par des citernes de récupération et par voie maritime.

 

Phosphates et retombées humaines et économiques pour la Polynésie française

Dès le départ, la nouvelle compagnie rencontre d’énormes difficultés de recrutement local. Ainsi, en 1908, sur les 300 personnes nécessaires, seuls 25 Polynésiens assurent le travail industriel qui est demandé.

Hormis les Vietnamiens qui ne retournent chez eux qu’en 1946 pour cause de guerre, l’ensemble des travailleurs asiatiques quittent Makatea au plus tard en 1934. Ils sont remplacés par des ressortissants des îles Cook.


Les années phosphates à Makatea
Il faut attendre 1956 pour que près de 100 % des employés de la mine soient Polynésiens.

De 1908 à 1966, des milliers d’hommes de tous horizons et de toutes ethnies ont travaillé à l’extraction du phosphate polynésien, participant ainsi de manière primordiale au développement économique de la Polynésie française.

 

Le train mythique de Makatea

Initialement, si des engins mécaniques apparaissent, le minerai continue d’être acheminé par brouettes sur des planches faisant fonction de chemins et même de ponts, jusqu’aux tapis roulants qui rejoignent les hangars de la CFPO.

Dans la gare de Falaise, le train de Makatea
Ce n’est que bien plus tard que sera créé le réseau ferré de Makatea. Dessinant une patte d’oie et d’une longueur de 7 km, il possède même une gare au nom évocateur de "Falaise".

C’est en 1927 qu’est construite la première jetée métallique au port de Temao. Longue de 50 m, elle prolonge le quai au-delà du récif afin de permettre le chargement du phosphate sur les cargos.

La sauterelle du port de Temao
Puis, entre 1953 et 1955, est installée une sauterelle, gigantesque passerelle mobile de 300 m de portée pouvant déverser directement 550 tonnes de minerai à l’heure dans les cargos.

De nombreux vestiges de ces installations sont toujours visibles à Makatea.

 

Du phosphate de Makatea au nucléaire de Moruroa

De 1908 à 1966, environ 11 280 000 tonnes de minerai d’excellente qualité sont extraites des entrailles de Makatea.

Il y eut jusqu’à 3 000 personnes vivant à Makatea, réparties entre les villages de Moumu et Vaitapaua.


Makatea, une fois le phosphate épuisé…
Mais l’âge d’or devait prendre fin. En 1962, il y a encore 2 273 habitants permanents sur l’île. En 1967, il ne reste que 60 personnes, propriétaires et pêcheurs.

Les travailleurs polynésiens de Makatea ont rejoint leurs îles respectives. Avec leur savoir-faire, leur savoir-être, leur sens de la discipline et leurs qualifications diverses, ces ouvriers deviennent un atout sérieux pour l’économie de la Polynésie française.

Ils participent notamment aux grands travaux des installations toutes neuves du Centre d’expérimentation du Pacifique.

Ce qu’il reste de la passerelle de chargement aujourd'hui
L’ère des phosphates est achevée, commence celle du nucléaire…

Les photos qui illustrent cet article, proviennent de la collection Michel Fayadat et des recherches de Vahineitaria Silvia que nous remercions chaleureusement.
Cliquez ici pour lire la suite dans notre article "Makatea aujourd'hui"         

Un article de Julien Gué


vendredi 7 septembre 2012

King’s Queer

Musiques, Amours et Révoltes

Il en va de la musique comme des idées vraiment nouvelles ou des révolutions : elles naissent toujours quand et où on les attend le moins…

Le cri rieur de Laet et Grib
Vous souvenez-vous du scandale provoqué, en 1970, par un poète incontestable et pourtant contesté, lorsqu’il osa déclarer… Pardon : hurler avec ce qui lui restait de tripes : « … La poésie, ça pue des pieds !… Poètes : vos papiers !... » Il s’appelait Léo Ferré et l’album, étrangement, s’intitulait : « Amour – Anarchie ».

Quarante années plus tard, c’est un duo improbable qui reprend le flambeau et le brandit haut et fort.

Les mots pour le dire

De par leur existence même, les King's Queer posent la problématique du langage et du vocabulaire. Tout d'abord par leur identité : gouine, lesbienne, transboy, que sais-je encore... Et si l'on parlait tout simplement d'êtres humains comme les autres, avec leurs fêlures, leurs richesses, leurs peurs, leurs révoltes, leurs faiblesses et, surtout, leurs amours et leurs talents ? Cette question idiote qui ne devrait pourtant même pas se poser étant réglée, parlons musique.

King's Queer : Amours et Révoltes
Là encore, les mots se bousculent pour tenter de définir, d'encaser, de classifier, autrement dit de réduire à un genre une musique qui justement n'en a pas. Une musique qui a, d'abord et avant tout, le mérite de nous accrocher les oreilles en nous donnant du plaisir, de la matière à rêver. Alors voilà : Laet et Grib se définissent eux-mêmes comme un « duo post punk ». Possible qu'ils aient raison. Pourtant, ils ajoutent, dans une (excellente) interview accordée à Christophe Tixier : « Nous sommes kamikazes et on aime être là où on ne nous attend pas… King’s Queer c’est avant tout une fête, une façon de faire des passerelles entre les uns et les autres. On n’est pas fan des formatages et autres idées reçues ! On combat avec vigueur les dogmes d’une culture unique. Nous aimons les paris fous et au diable les étiquettes et autres carcans qu’un système de pensée, de fonctionner, tente de nous imposer à chaque instant… »

Une interview façon King's Queer
Et lorsque je leur ai demandé de se raconter…

« King’s Queer est composé de deux personnes, une gouine à mèche : Laet, et d’un Transboy ( Female to Male) : Grib… Le duo existe depuis quatre ans. Au départ nous avions monté une performance éphémère pour une soirée d’art contemporain, mais la mayonnaise a tout de suite pris. Donc nous avons décidé de continuer. Une date en a appelé une autre, et très très vite nous passions la moitié de notre temps sur la route. King’s Queer s’est fait à notre insu, comme on dit souvent on passe notre vie à courir après… »

Autopsie d'un parcours

            « Au début il n’y avait que les machines et la voix, et puis on a décidé d’enrichir nos compositions et nos shows avec des instruments comme la trompette, clavier, harmonica, mélodica…»

La voix, les machines et le reste…
            Ce que ne disent pas nos combattants du rêve et de l'amour, c'est qu'avant même l'arrivée des machines et de la musique, il y eut le spectacle vivant. Et à considérer ce que King's Queer propose au public, que ce soit sur scène ou dans la rue, ce passé là n’a pas été inutile et a laissé de profondes traces. Il suffit pour s'en convaincre d'aller faire un tour sur leur site (www.kingsqueer.com) ou sur leur page Facebook (https://www.facebook.com/profile.php?id=100000413976796&ref=ts)

            L'album « Amours et Révoltes », (enfin !) sorti le 6 septembre 2012, n'est que l'aboutissement logique d'un road movie façon troisième millénaire. A bord d'un improbable pick-up de location, King's Queer nous entraine de coin de rue en devanture de boutique, de squat culturel en scène alternative et intermittente. Il arrive même que le groupe se produise dans des salles de spectacle reconnues comme telles : c'est dire !

L'équipe du clip au grand complet
            C'est en totale indépendance que le duo a parcouru l'Europe et les genres (artistiques s'entend, évidemment ! Quoi que…). Ainsi, la musique des King's Queer a-t-elle servi à des courts métrages, des spectacles de théâtre, etc.

            Vint le moment où il a bien fallu faire des choix : « En aout 2011 nous avons décidé de signer avec le label Zingy (http://www.zingy.fr/kingsqueer.html) L’album était lancé ! On l’a composé en deux mois, enregistré en une semaine, mixé en trois jours ! Le tout avec pas mal de débrouille et de système D…  Puis ce fut le tournage du clip « Amours et révoltes » réalisé avec Estelle Beauvais. King’s Queer prend 80% de notre temps, c’est notre boulot ! Donc comme vous pouvez l’imaginer : on est en état précaire permanent. Heureusement qu’on a une proprio sympa qui accepte les loyers en retard !... »

Parlons musique…
            Il y a deux façons très différentes de découvrir la musique de King's Queer : en live, dans l'un des improbables lieux où ils se produisent et déchaînent sans concession à la liberté leur folle énergie et la violence de leurs passions/convictions. Pour cela, c'est simple il faut se rendre sur leur site pour se tenir au courant des étapes de leur errance et avoir un avant goût en se plongeant dans les nombreuses vidéos qui s'y trouvent… Où alors le CD, comme je le fais en écrivant ces lignes… Dans les deux cas, vous serez transportés. Mais pas de la même manière. Pas pour les mêmes raisons.

Amours et Révoltes : le clip !
            En live, vous serez secoués, percutés de plein fouet par une folle énergie et un besoin farouche, violent même parfois, de convaincre, de partager… d'aimer quoi ! Techniquement parfaitement mixé, le CD vous permettra de découvrir des textes d'une immense tendresse et d'une richesse inouïe. Et là, je ne puis résister à en reproduire ici un extrait :
"A tous les vendeurs de rêves, Amours et révoltes
A tous les voyageurs immobiles, Amours et révoltes
A tous les poètes des verres brisés, Amours et révoltes
A tous les éternels sales gosses, Amours et révoltes
A tous les plasticiens aériens, Amours et révoltes
A tous les lieux éphémères, Amours et révoltes
Pour tous les Peter Pan, Amours et révoltes
Pour tous les irradiés, les contrariés, Amours et révoltes
Pour tous les courtisans de la lune, Amours et révoltes
Pour tous les clochards célestes, Amours et révoltes
Pour toutes les "fées carabines", Amours et révoltes
Vivons heureux !..."

Les King's Queer, c'est bien plus que deux en un !
            Pour ma part, la plume de Grib me fait immanquablement penser à la poésie qui pue des pieds chère à Léo Ferré, fait ressurgir la voix rauque de Bernard Dimey me racontant les roses des bas-fonds dans le « Bestiaire de Paris » et la rage de Jacques Higelin dans « BBH 75 ». Mais ce serait renier la richesse novatrice des compositions de Grib que de s'en tenir à des comparaisons forcément réductrices. Pourtant, une référence m'avait sauté aux oreilles dès la première écoute de « Amours et Révoltes », c'est une filiation directe avec le hard-rock métissé à l'extrême du groupe Dazibao dans les années 80.

            Mais parler de la musique, c'est ne pas l'écouter, alors vous savez ce qu'il vous reste à faire !...

Comment écouter King's Queer ?
            Ça, c'est simple et ce n'est pas compliqué ! Mais pour tout vous expliquer, je préfère donner la parole à King's Queer. Et si je dis King's Queer, c'est que je ne sais pas qui de Laet ou de Grib a répondu à mes questions !…

            Les King's Queer : On the road, again !
            « Le CD est en Auto Distribution…On assure cela avec notre Label Zingy. Pour nous il était important d’être vraiment indépendants pour avoir une liberté totale de création. Nous n’avons pas super envie de faire marcher une machine qui nous broie ! L’industrie du disque est une véritable industrie et ses critères de fonctionnement ne correspondent pas à notre éthique. Nous ne sommes pas des produits ! L’album CD « Amours et Révoltes » est gravé à 1000 exemplaires. Il est sorti le 6 sept 2012 et grâce au fonctionnement de réservation/souscription, il n’en reste déjà plus que 500… Et nous ne sommes pas encore partis en tournée ! Quant au vinyle, c’est un pressage de 300 exemplaires, dont chaque pochette est unique et numérotée. C’est un objet rare de collection… Alors, pour les trouver : soit les live de King’s Queer, soit les commander chez Zingy. Sinon, il reste la formule numérique aussi… Par ailleurs il sera disponible dans certaines distro… Une distro c’est des gens, des collectifs, qui courent les festivals alternatifs en proposant des tables de presse, vinyles, cd…etc… »

           Parfois aussi, le pick-up de King's Queer s'arrête sur un parking, juste sous les fenêtres d'une radio, et cela donne ça...


Amours et Révoltes
            Ce n'est vraiment pas souvent que mes oreilles sont séduites à ce point. Elles l'ont incontestablement été par la musique de King's Queer. Ce qui est infiniment plus rare, c'est que je l'ai été également par les textes de l'album. Comme je l'ai été par la personnalité des OVNI humains que sont Grib et Laet, par leurs engagements sans concession, leur pureté et leur énergie vitale.

            L'effet King's Queer : ça commence par les oreilles !
            Si, comme moi, vous pensez que la liberté est dans la rue, pas dans les partis, les églises, où les radios et télés propres sur elles, alors ne laissez pas passer cette merveilleuse occasion de vous nettoyer les oreilles et les neurones…

            Amours et Révoltes !... à tout jamais.
           
Un article de Julien Gué

          En cliquant ici, lire également notre article : King's Queer, musiques etc.

lundi 27 août 2012

Makatea, l’île minière


100 m au-dessus de l’océan Pacifique

 

Makatea est une île des Tuamotu à la formation géologique unique, au destin industriel exceptionnel et possédant le seul train de l'histoire polynésienne.

Cette île étonnante bouleverse toutes les images d’Epinal que l’on peut avoir en tête à propos de la Polynésie française.

Makatea, l'inaccessible atoll…
Imaginez un atoll qui s’élèverait jusqu’à 100 mètres au-dessus de l’océan Pacifique, posé comme un nid sur d’infranchissables falaises… Imaginez des installations minières d’un autre temps, intactes mais totalement désertées, musée grandeur nature à la gloire de l’ère industrielle… Imaginez une voie de chemin de fer de 7 km de long posée sur cette île minuscule des Tuamotu…

Quelques images et de la musique de Makatea 
Si vous arrivez à imaginer cela, alors vous commencez à avoir une petite idée de ce qu’est l’île de Makatea, archipel des Tuamotu, Polynésie française…

Makatea, une anomalie géographique


D’origine polynésienne, le mot "makatea" désigne un type d'atoll surélevé comportant en son centre les restes de l'ancienne île volcanique.

A l’origine donc, Makatea est un atoll comme les autres. C’est la naissance du volcan qui donna l’île de Tahiti qui est à l’origine du soulèvement de l’atoll de Makatea. Ensuite, l’érosion naturelle a fait le reste.

Partie intégrante de l’archipel des Tuamotu, Makatea est la seule île de Polynésie française de ce type géologique.

D’une superficie de 24 km², elle mesure 7,5 km du Nord au Sud et 7 km dans sa plus grande largeur, la partie sud de l’île.

Une carte qui en dit long sur une île pas comme les autres
La nature particulière du socle corallien exposé à l’air libre entraine un certain nombre de particularismes géologiques.

Tout d’abord d’infranchissables falaises, uniques dans toute la Polynésie, dont la hauteur varie entre 60 et 100 mètres de haut tout de même. La côte n’offre aucune baie, aucune plage qui permette de s’approcher en bateau et donc, à fortiori, d’accoster.

Ce qu'il reste du port de Temao aujourd'hui
Au centre de l’île, une vaste plaine située à 80 mètres d’altitude. Une seule plage sur la côte Est accueille le seul village de l’île : Moumu. Dans la partie Nord du plateau, le village minier de Vaitepaua totalement abandonné. Et pour finir, sur la côte Ouest, au pied de la falaise, juste en face de la seule passe qui permette d’approcher de l’île : le petit port de Temao où l’on peut encore voir les restes de la digue de chargement destinée au transbordement du phosphate.

Makatea, histoire d’un atoll pas comme les autres


C’est en 1722, après avoir découvert l’île de Pâques, que l'explorateur néerlandais Jacob Roggeveen devient le premier occidental à aborder Makatea.

L’île est tellement rébarbative avec ses hautes falaises et son absence de criques ou de baies pour mouiller sereinement qu’il ne fait rien de plus que de noter l’événement et la position géographique de l’atoll dans son livre de bord. Il le baptise "Aurora", ce qui signifie "l'île de la récréation".

La mine de phosphate à ciel ouvert de Makatea
Durant les 180 années qui suivent, Makatea, nommée "Papa Tea" (la roche blanche) par les Polynésiens, ne sera plus guère dérangée par grand monde, malgré les bouleversements considérables qui transforment l’ensemble de la Polynésie. Ainsi, ni l’évangélisation ni la colonisation ne changeront grand-chose au mode de vie des quelques dizaines de familles qui vivent sur cette terre étrange autant qu’inaccessible.

Le destin de l’île bascule dans les toutes premières années du 20ème siècle avec la mise en exploitation du gisement de phosphate, gisement qui aurait été découvert en 1860 par un certain capitaine Bonnet.

Dès lors, plus rien ne sera jamais pareil à Makatea… Du moins jusqu’en 1966, année où l’on cessa définitivement l’exploitation du phosphate de l’île.

D'un bout à l'autre de l'île, la route (Photo : Jan Erik Johnsen)
Lors du dernier recensement de la population polynésienne (2007), il restait 61 habitants permanents à Makatea.

Aujourd’hui, l’île ne reçoit plus la visite de la goélette (cargo mixte), et donc son ravitaillement, que deux fois par mois…

Richesses d’une île pas comme les autres


Il n’en reste pas moins que Makatea recèle des richesses étonnantes.

La côte (Photo Jan Erik Johnsen)
Ainsi, rongé par l’érosion naturelle, le socle de l’île est truffé de grottes dont certaines ne sont même pas répertoriées. D’autres, sous le niveau marin, n’ont jamais été visitées. Toutes alimentent les légendes et renforcent le caractère mystérieux de Makatea.

On raconte ainsi que pirates et galions espagnols y ont jadis caché des trésors. Certaines servaient de sépultures pour les hauts personnages des sociétés polynésiennes pré-européennes. Accrochés en altitude, leurs corps y étaient déposés par les "pirimato", êtres de légende capables de voler jusqu’aux endroits les plus inaccessibles. La grotte de Ana tau i ra’i, sur la falaise de Temao, est toujours tapu*.

En 1959, Yves Allégret tourne à Makatea
D’autre part, il est intéressant de noter que cet atoll si étrange a suscité l’intérêt de plusieurs cinéastes qui y ont situé l’action de leurs films. Dont « L’ambitieuse » de Yves Allégret avec Andréa Parisi , Richard Basehard et Gérard O’Brien tourné en 1959 en grande partie sur l’atoll de Makatea lui-même.

Ne reste plus qu’à découvrir l’aventure industrielle étonnante de Makatea qui, durant 60 ans, a été le principal moteur économique de toute la Polynésie française.

Un article de Julien Gué

Lexique :
*Tapu : tabou

Voir également l’article de Tahiti.tv agrémenté d’une vidéo de 5’ 30’’ réalisée à partir de passionnantes images d’archives en suivant ce lien : http://www.tahiti.tv/makatea-lile-phosphate-permalink-1351-2373-6624.aspx. Ainsi bien sûr que notre article consacré à "Makatea aujourd'hui".