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lundi 13 février 2017

FIFO 2017 – Le palmarès



Prévisible ou imprévu ?

Ils l’attendaient avec impatience le palmarès qui clôture le FIFO ! Eux, les cinéastes, leurs supporters. Et le public aussi, dont le verdict, introduit subrepticement dans les urnes dressées à la porte des salles de projection, pèse lourd dans l’attribution du prix qui leur est imputé.

Parmi les films hors compétition, le jeu étant de s’employer à mener campagne de visibilité hors des interviews médiatisées, des ″rencontres sous le banyan″, le dialogue allait bon train sur les stands, les réseaux sociaux du net et bien entendu, la fameuse… ″radio-cocotier″. L’heure est maintenant au champagne ou aux mouchoirs. Chacun regrette cependant de devoir quitter l’ambiance chaleureuse de Te Fare Tauhiti Nui (la maison de la culture de Pape’ete).

Hollie Fifer réalisatrice de « The Opposition »
Découvrons avec vous, puisque nous n’avons pas été conviés à la soirée des récompenses, les heureux lauréats de ce festival qui a réuni en quelques jours une pléthore d’îles et de presqu’îles océaniennes.

Le Palmarès
Le palmarès du FIFO 2017 comprend d’abord celui du Jury pour les films en compétition. Jury présidé par Stéphane Martin ; ensuite le prix de la fondation internationale Okeanos, valorisant la « préservation des océans, de l’environnement ou de la Culture océanienne ». Le public, lui, décerne deux prix distincts : le prix du public et le prix du court-métrage. Quant au Prix du meilleur scénario, il sort de l’un des Ateliers du FIFO ouverts au public et en est à sa 2ème édition.

-          Le grand prix du jury fifo-france télévisions, pour "The Opposition", réalisé par Hollie Fifer (Australie - Papouasie-Nouvelle-Guinée).
-          Le 1er prix spécial du jury, pour "Mele Murals", réalisé par Tadashi Nakamura (Hawaï - états-Unis).
-          Le 2ème prix spécial du jury, pour "How Bizarre, The Story Of An Ōtara Millionnaire", réalisé par Stuart Page (Nouvelle-Zélande).
-          Le 3ème prix spécial du jury, pour "Zach's Ceremony", réalisé par Aaron Petersen (Australie).
-          Le prix okeanos, pour "Fading Sands", réalisé par Stephen Limkin (Australie).
-          Le prix du public, pour "Alors On Danse", réalisé par Jacques Navarro-Rovira (Polynésie française).
-          Le prix du court-métrage océanien, pour "Je Ne Pleurerai Plus", réalisé par Olivier Gresse (Nouvelle-Calédonie).
-          Le Prix du meilleur scénario du marathon d’écriture, pour "Femme malgré lui" de Cybèle Raybaud.

Cybèle Raybaud, la course au scénario…
L’impression générale qui se dégage des 1ers prix attribués par le Jury FIFO, semble se concentrer en priorité autour de la mobilisation des communautés luttant pour leur autonomie ou la reviviscence des valeurs culturelles partagées par l’ensemble du monde océanien. Avec la volonté de solliciter la collectivité mondiale sur les disparités qui en entachent l’ordre. Le Prix Okeanos n’hésite pas à émettre un cri d’alarme vis-à-vis de la même entité de décideurs.

Quant aux autres prix, toutes catégories confondues, dont ceux du public, ils concernent davantage la sphère de l’environnement proche. Soit le destin particulier de ceux qui nous entourent et que nous ne voyons pas ou ne savons pas voir. Occasion évidente de primer l’humanisme, les bons sentiments, et parfois de se refaire une bonne conscience.

Brefs commentaires sur les films lauréats
″The Opposition″ est un véritable documentaire. Une enquête de journaliste qui ne souffre aucune critique quant à son sérieux et sa précision. Sa réalisatrice, Hollie Fifer, arrive même à nous tirer les larmes à plusieurs moments, ce qui n’est pas un mince exploit compte tenu du sujet du film. Et pourtant, cet incroyable reportage ne brille ni par ses qualités techniques, ni par une quelconque recherche de création artistique. Mais peut-être est-ce justement cette approche absolument conventionnelle qui rend ce travail si touchant et dérangeant à la fois.

Le teaser du film lauréat du FIFO 2017
″Mele Murals″, qui a fait l’objet d’un bref aperçu dans un précédent article, est peut-être l’un des films les plus optimistes de cette édition. Prenant à bras-le-corps les mentalités d’une communauté, maintenant en position d’infériorité sur sa propre terre, le projet artistique remobilise jeunes et anciens autour de ses valeurs culturelles, pour se les réapproprier, les faire vivre et les engager dans un devenir durable.

″Je ne pleurerai plus″ est une fiction d’assez bonne facture qui repose sur un scénario original (quoiqu’un peu simpliste par moment). L’ensemble, plutôt bien servi par des acteurs généralement convaincants aurait toutefois mérité un peu plus de rigueur et d’invention dans la mise-en-scène.

Épilogue…
″Fa'afaite by Pepena″ ou ″Réconciliation″, petit bijou cinématographique de 7mn dans la section court-métrage, ne semble pas avoir été plébiscité par le public. Signé Virginie Tetoofa, il est pourtant un objet esthétique sans faille : l’image aux plans complexes et recherchés est splendide, rythmée par les sonorités musicales ciselées entre le groupe Pepena et le vivo (flûte nasale) de Libor Prokop. Jouant sur la synthèse tradition-contemporanéité, la chorégraphie expressive est techniquement au top. La symbolique est émotionnelle, menée par un scénario qui combine le cadre souterrain de la modernité et les clins d’œil aux emblèmes caractéristiques à Tahiti : le couple de gallinacés, le tatouage et les oppositions de costumes.

Prix Okeanos pour Stephen Limkin
Si ″The Opposition″ résulte d’un énorme travail d’investigation documentaire, j’ai un petit faible pour ″Servant or Slave″, eu égard à son image plus aboutie… et peut-être aussi du fait que le film ait été conçu par un Aborigène : en effet, son engagement cinématographique, lui valent encore quelques désagréments et diatribes. Mais ses déboires n’étant pas le sujet du film, consacré au délitement psychique, physique et social de ces cinq femmes parmi des milliers, enlevées, flouées  et escroquées en toute « légalité », le réalisateur ne le montrait pas.

Je regrette que ″100 Tikis″ n’ait pas fait l’objet d’une petite citation : tout comme ″Te reo tumu″. L’esthétique du film Hawaïo-Samoan de Dan Taulapapa McMullin est totalement novatrice : l’image se construit comme un collage surréaliste, se déconstruit peu à peu et s’avoue impuissante avec cette fausse fin qui rend compte du conditionnement du citoyen-spectateur. Plus soft, plus conventionnelle dans sa structure, l’approche de Cybèle Plichart table sur notre avenir, les 50% que constitue notre jeunesse, avec les 'ōrero (déclamateurs) en herbe et l’exigence ou non de leurs aînés. Ces deux courts-métrages présentent en commun, une véritable remise en question de la société océanienne, indubitable autocritique. Cette responsabilisation de tout un chacun est par principe hautement déstabilisante… Ce qui explique sans doute cela.  

Fa'afaite by Pepena de V. Tetoofa… pour le plaisir
Nous n’avons pu visionner la totalité des films projetés comme les années précédentes, du fait que nous n’avions qu’une seule accréditation pour deux. Et c’est bien dommage.

 Sans contester le rôle du jury souverain, à l’instar du ministre de la culture, nous ne faisons que livrer notre avis. Notre opinion, quoique partielle, se fonde sur un maximum d’impartialité.


Un article de Monak &  Julien Gué

Tous droits réservés à Monak & Julien Gué. Demandez l’autorisation des auteurs avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.


samedi 11 février 2017

À propos du 14ème FIFO



Un panorama éclectique

Les thèmes qui inspirent les films documentaires du FIFO n’ont pas fini de tourner autour des questions cruciales. Elles récidivent à chaque session du Festival océanien, car elles sont vitales.

Loin d’être résolues, elles semblent même élargir leur champ de vision. Combien encore de petites îles, de petites communautés éparpillées dans le Pacifique Sud démasqueront encore la mainmise de l’étranger ou des monopoles financiers sur leurs terres ou leurs valeurs culturelles ? Que l’histoire en soit ancienne ou contemporaine, elle reste d’une actualité brûlante, avec souvent des séquelles irréversibles et la quête d’une réappropriation de soi.

L’injustice au pouvoir…
Entre documentaires sur des tranches de vie, lutte pour la reconquête, projets de mobilisation culturelle et vagabondage en spiritualité, l’édition 2017 est prolixe. Quelques exemples glanés dans les salles obscures suffiront peut-être à vous en convaincre.

L’arbitraire
Avec son film, War For Guam, Frances Negron Mutaner, retrace l’histoire d’un état, dont le statut politique est mitigé. Avec un gouvernement local totalement indépendant du Congrès américain, il pouvait aspirer à l’autonomie. Du moins, pour services rendus. En fait, nulle reconnaissance. La population Chamorro, qui a fait preuve de résistance contre l’invasion japonaise, a été spoliée de ses terres, transformées en base américaine stratégique.

Un jeu de piste malicieux
Envolées les espérances. Malgré les réseaux clandestins, les massacres, les exécutions perpétrées par les Japonais, aucune trace de la moindre gratitude. L’île hospitalière, minuscule, engagée dans la survie du seul militaire rescapé, devient quantité négligeable, n’a pas voix au chapitre. Des images d’archives, une réalité tout aussi cruelle. Des revendications qui se noient dans l’océan.

Le projet identitaire
À peu près sur le même parallèle, Hawaï. Encore l’un de ces états américains dits ″organisés″, au statut bâtard. Le film de Tadashi Nakamura, Mele Murals, relate le parcours d’une fondation qui, mobilisant ses jeunes, développe un mouvement d’intégration et de renouveau culturel.

S’appuyant sur la communauté autochtone polynésienne, l’objectif est de conduire les participants à entrer dans une démarche approfondie qui lui permette de se redéfinir et de l’exprimer. Les enjeux du projet artistique étant déterminés, c’est par le graff et la musique que se développe une expérience innovante, ressourcée de l’intérieur aux mythes originels.

Mon pays, mon âme…
Le film, dont la teneur est optimiste, dont l’atmosphère est jubilatoire et émouvante, joue avec les fondus-enchainés de formes et de couleurs, sur une mosaïque de chants et de méditations.

Des racines et des genres
Tout aussi primesautière, La Tribu de l’Invisible d’Emmanuel Desbouiges et Dorothée Tromparent siffle un air de fantaisie sur les écrans du festival. Entre images dupliquées en miroir et incrustations animées, vient batifoler toute une faune d’esprits sylvestres, s’ébattent monstres arboricoles, de mousse et de roche. Nous sommes en Nouvelle-Calédonie et le végétal est roi : alors la feuille mâchée est un ersatz prophylactique contre les elfes malintentionnés. Une bien belle manière, image et scénario, pour nous apprivoiser à ce monde mythique, ancré dans les comportements quotidiens.

Les Fleurs, un genre…
Quant à nos Raerae, exilées à Marseille, pour vivre pleinement le genre féminin qui les habite depuis qu’elles sont enfants, rien n’est vraiment simple. Ce n’est pas tant leur choix que les contraintes qui en découlent. Le reniement paternel ou l’hostilité familiale reste un poids douloureux. Véronique Kanor, leur proche, leur semblable, pose sa caméra en témoin empathique, filmant leurs émois dans Les Femmes viennent aussi de Mars.

Pas de mélo, pas de tape-à-l’œil. Juste se dire qu’être en accord avec soi-même, ce n’est pas le faire admettre par les autres. Même par un partenaire. Qu’être différente ce n’est ni un handicap, ni une maladie mentale, ni une damnation vis-à-vis de laquelle on se rachète en faisant le bien. Que l’opération, elle aussi, ça se discute. Et qu’elles ne se perçoivent pas autrement qu’en tant que femme.

Les outsiders
Les thèmes généraux étant posés, rares sont ceux qui y dérogent. Le documentaire hilarant a fait son entrée cette année. Mais ceci est une autre histoire. Il fera l’objet d’un prochain rendez-vous.




Un article de  Monak
Tous droits réservés à Monak. Demandez l’autorisation de l’auteur avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.