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Le nouveau roman de de Monak à lire absolument

jeudi 20 février 2025

22èFIFO -La Nuit du Président.

Ben Salama   au   créneau

 

                     Au 3 février 2025, le 22èmeFIFO, nous a gratifié.es d’un Président du Jury au parcours hors normes, tant il ne s’est encombré d’aucune manœuvre dite diplomatique d’autocensure. Du moins, je ne le pense pas. Documentariste "engagé" comme on dit et pourtant, il ne le signale jamais, ne s’en vante pas, ne semble jamais en tenir compte ! Motus & bouche cousue ! La liberté, la vérité avant la carrière, c’est loin d’être banal. Et c’est rare ! Ce réalisateur, critique, auteur & théoricien d’envergure, d’une "humilité sans égal", se nomme BEN SALAMA. 

 

        Ce n’est pas la 1ère fois qu’il met les pieds au FIFO. Déjà au 11èFIFO de 2014, était-il présent en tant que candidat-réalisateur. Avec NAISSANCE d’une NATION, le documentaire sélectionné nous ouvre sur l’éventuelle édification d’une nation à partir de la réconciliation officielle de Lafleur & de Tjibaou, représentants des 2 ethnies principales de Nouvelle Calédonie. Film tourné en pleine mutation politique, il s’est inscrit dans l’effervescence de l’actualité néo-calédonienne. Mais 11 ans plus tard, il ne le souligne pas ! ! !

     Son parti pris d’introduire deux jeunes, une Kanake, un Caldoche m’avait interpellée pour sa manière originale, adaptée et empathique de coller à la personnalité de ces jeunes générations : Ben Salama enfreindrait les tabous ! comme à son habitude, peut-on le noter maintenant.

Le discret Ben Salama  

         En toute humilité (encore !!! mais oui !) il confesse devoir grandement «apprendre de la réalité océanienne, devoir s’adapter, & surtout jouer le médiateur» au sein du jury. Dans la réalité, Ben Salama, très respectueux de chacun, se conforme à une éthique humaniste, universaliste qui autorise à tous d’assumer son propre fonctionnement. Malgré le parcours étonnant qu’il a mené, il ne se permet aucun conseil, aucune certitude.


Un président de jury atypique

     Le choix du Président par l’AFIFO semble  audacieux dans le contexte actuel de l’Hexagone où toute opinion devient suspecte & où la censure coule à flot ! NAISSANCE d’une NATION (2013) connotait indirectement l’implantation sur la terre des Kanaks, d’Algériens indépendantistes, déportés pour raisons politiques, pendant la colonisation & durant l’Empire, ajoutant les Communards comme Louise Michel.

      Mieux encore, Ben Salama s’est commis aussi dans des documentaires dont la ligne de mire semble plutôt engagée : ...Edwy Plenel le gratifiera du plus beau des compliments concernant son DOC de 2016 sur l’Algérie, en pleine période anti-immigration, à savoir qu’il «fait passer un vent de liberté, d’internationalisme concret, d’humanisme concret» dans le «monde du documentaire,  à un moment de refus de toutes les puissances»

    « Les catholiques ont Rome, les musulmans, La Mecque, les juifs, Jérusalem, les révolutionnaires, Alger », commentait Amilcar Cabral, leader indépendantiste de Guinée-Bissau, sur cette période faste du début de l’indépendance algérienne (1962-75).

Une nation de déportés politiques, de forçats, mais  avant tout ! de KANAKS

         Il est vrai que son Algérie d’origine paraît d’autant plus lointaine qu’elle se trouve sur le continent africain ! Alors, que peut bien faire son histoire, son indépendance douloureuse après 7 ans de guerre, malgré les promesses contractées avec les nations colonisées de la France Libre...  

       Ben Salama fait preuve d’une honnêteté de chercheur à toute épreuve... de créateur au sens critique exacerbé ce n’est que leur mise en parallèle, de l’extérieur qui fait sortir les interactions. .indirectes mais certaines...


Une "soirée spéciale "calédonienne

     Ben Salama, après la cérémonie d’ouverture du 22èFIFO en fin d’après-midi, enchaîne avec la coutumière "NUIT DU PRÉSIDENT" en présentant un autre de ses documentaires, daté  de 2017 :  SAINT-LOUIS, UNE HISTOIRE CALÉDONIENNE. Un cadeau purement destiné à l’assistance océanienne. Délicatesse de plus. C’est sous l’aura de son hôte calédonien, la solidarité qu’il lui voue suite aux incidents de 2024, que Ben Salama tient à s’effacer... Quelle grandeur d’âme...

      Accompagné de Wallès Kotra, néo-calédonien –à qui il ne cesse de rendre hommage, & de déléguer la parole–, sur la scène du Grand Théâtre de Te Fare Tauhiti Nui, il répondra aux questions de Laura Théron, déléguée générale du FIFO.    


Laura Théron, Ben Salama, Wallès Kotra

      C’est que Saint-Louis, une histoire calédonienne n’est pas un épisode des plus simples, qu’il prépare la situation de rupture de cette dernière année. Il est des décisions coloniales, des clivages tout à fait indécents & déraisonnables pour ne pas dire déments & forcément explosifs à long terme ! ! ! Nous voilà à plein pataugeant dans les séquelles d’une structure politico-sociale –celle de la mission catholique forgée de toutes pièces, sur une forme de non-droit–,  "l’indigénat".

    Dans un pays, marqué par les privilèges accordés à l’ethnie gouvernante –par association ou apparence–, comment rééquilibrer les courants, constamment assimilés à des  "forces" ? Tout est faussé ! Le fossé de la "maltraitance politique" ne peut être comblé d’un coup, les malversations subséquentes continuent de courir, avec leur lot d’inégalités...  Combien de générations réussiront à s’en laver ???

     Que de la déploration !


Des sujets qui "froissent"  

      Bref, moi je me réjouis que Ben Salama ait mis en exergue la capitale méditerranéo-africaine bafouée, devenue le point de ralliement des idéologues révolutionnaires : "Alger la Blanche devenue Alger la Rouge".  La France y perdait d’un coup son héritage libertaire !  Le tout, dans un DOC mesuré mais hautement instructif !

      ALGER LA MECQUE DES RÉVOLUTIONNAIRES (2016) doit certainement déranger une bonne partie de l’opinion publique française, nationaliste, revancharde, raciste... Des années occultées par le silence des médias. En tout cas, un documentaire qui paraît intrépide de nos jours, tant il paraît injurieux, sur la toile elle-même, de tenir des propos ou agiter des valeurs idéologiques progressistes démocratiques.

 


      Il est vrai que Naissance d’une Nation ne peut nous faire oublier, cette colonisation impensable, qui fait d’une terre habitée par une population inconnue un bagne : qui accorde pleins droits aux ex-forçats, aux colons appelés en renfort, et met à l’écart les habitants d’origine –les Kanak– !   Ben Salama n’est pas venu pour briller mais pour compatir au sort de ses amis océaniens. Une belle leçon d’humanité. Chapeau ! .

 

 

Un article de  Monak

     Tous droits réservés à Monak. Demandez l’autorisation de l’auteure avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.

 

lundi 17 février 2025

22èFiFO- Le OFF du DOC


PALPITATIONS      OCÉANIENNES

 

             De tous formats –du vraiment court au long métrage à rallonge–, le DOC du OFF, celui qui n’a pas été sélectionné pour la compétition, maintient sa fonction de "dérangeur" public. Les lauréats du 22èFIFO également ! Car il leur appartient, à tous, de nous surprendre ! La récompense va au-delà d’une question de feeling, cette année précisément ! Puissance de conviction, savoir-faire précis et riche derrière lequel le réalisateur prend soin de s’effacer & mise en avant des sujets qui malmènent l’identité idéale de nos sociétés.

 

         Si les Prix22èFIFO ont touché –du short au long–, la réhabilitation d’un peuple autochtone, toujours pas admis par la nation conjoncturellement dominante qui l’a envahie, les fléaux de la discrimination de genre,  de l’alcoolisme et de la diaspora néo-coloniale... les thèmes traités par les 18 DOCS du OFF –qui, eux ne seront pas primés–, concernent l’égalité et au summum les INJURES –de droit & d’intégrité bafoués, y compris blessures physiques–, les réajustements culturels, la santé & le handicap...  

Kava , du cool ??? 

       Si les sujets sont tout aussi brûlants, ils ne relèvent pas du même soin créatif investi par les réalisateurs primés à cette session. En tous cas, le panorama océanien témoigne d’un état d’urgence qui n’est pas à négliger. Sur ce chaos, les différentes nations impliquées réagissent en livrant à l’image, une partie de leur façon d’être...

        Faute de pouvoir régler constitutionnellement les inégalités dans les nations qui les dominent, les peuples autochtones s’invitent à partager leurs trésors culturels, nous initient à leurs interprétations, leur conception, leur rapport à la vie, à la terre, à l’eau dans laquelle baigne leur insularité... Un apprentissage fructueux dont le dépaysement est inoubliable ! Certains documentaires sont de véritables méditations spirituelles...  Et pourquoi pas ? Elles distinguent réellement les peuples du Pacifique.   

 

Transcendances culturelles  

       Qu’elles soient inconnues ou rabâchées depuis que le DOC –en particulier océanien–existe, les particularités culturelles ne prennent toutes leurs dimensions qu’en fonction de leur confrontation avec  les repères venus d’ailleurs. HŌKŪLE’A : FINDING THE LANGUAGE OF THE NAVIGATOR  (Hawai’i) - de Ty SANGA, tente la vérification scientifique de la  navigation aux étoiles. Dans le même ordre d’idées, il est intéressant de nous rendre compte de l’influence du Way of Life polynésien sur les Occidentaux : BERNARD MOITESSIER , UNE CERTAINE RENCONTRE de Luc SOLA, nous montre tout...

       ... le rejet d’un système de vie fondé sur la concurrence & l’argent & le choix de la vie simple, des valeurs à échelle humaine par ces navigateurs à la voile du 20-21è siècle.

      Une véritable révolution mentale chez ces navigateurs pour un ancrage définitif dans le Pacifique. La vraie vie !  

      Aussi radicaux s’affichent LE RETOUR DES TRÉSORS POLYNÉSIENS (de Denis PINSON) & URA, SAUVER L’OISEAU SACRÉ DES AUSTRALES (Pf, de Thomas DELORME, Virginie TETOOFA et Samuel RAVATUA-SMITH) : entre restitution internationale du patrimoine muséal & sauvetage de l’espèce endémique qui fournissait les atours royaux (le ura).

  Apprends-moi ton langage !

          I AM THE RIVER, THE RIVER IS ME (Aotearoa) de Petr LOM se présente comme un exercice de méditation pour se réancrer dans ses origines. Nombreuses nations insulaires océaniennes s’y reconnaissent. Ce n’est pas hasard si le retour, quelque soit l’île, se circonscrive au lieu le plus naturel, celui de l’enfance communautaire : TE HOKINGA MAI - THE RETURN (Aotearoa, de Kathleen MANTEL).

      L’attirance de la ville est un leurre, et chacun fuit ce foyer de perdition à l’Occidentale !


Entre injustices & santé 

         Brosser l’état des lieux du Pacifique ne pourrait s’imaginer sans un constat entre santé & mesures d’équilibre entre les composants économiques des nations. MAISUKA - DIABETES THE SILENT KILLER de Aroha AWARAU (NZ), est symptomatique des urgences sanitaires mortelles dans tout le Pacifique, comme une pandémie irrémédiable.

       Il en va de même quant à la protection inexistante & au manque de sécurité auxquels ont à faire face les femmes : FEMMES KANAK, LES PIONNIÈRES (N-C) & JEANNE DE L’OMBRE À LA LUMIÈRE –tous 2–, de Dominique ROBERJOT, Christine DELLA-MAGGIORA ! ! ! Le patriarcat est une véritable tombe pour l’émancipation féminine !  Mutisme féminin, féminicide & violences subies vont de pair...

         Le viol, enfin, pris au sérieux ! La victime, issue du milieu médical, reconnaît son  incapacité à travailler pendant 3 ans ! ! ! Et ailleurs ? Et les autres ??? Comment règle-on les incestes & viols intrafamiliaux dans l’ensemble du Pacifique ???

 

Vers les îles de la vraie vie... le peon ?

        Quelle nation du Pacifique en serait totalement indemne ? Le phénomène s’intensifie malgré les quelques avancées qui font modèle partout.  Et dans les innovations qui font date internationalement : le handicap mental défendu à l’ONU par les malades eux-mêmes !  Aotearoa en position de pionnière :

       THE UNLIKELY KNIGHT(Aotearoa) de Emma CALVELEY, progrès incontestables de la science mais surtout initiative aboutie. Les handicapés mentaux, s’assument & ont été entendus ! ! !  Du jamais vu ! Unissant leurs efforts pour forcer les politiques par la grève, le vote, à  une reconnaissance actée des revendications et de l’autonomie de chacun  ! ! !  Preuve qu’ils ont tout capté : un déficient mental élu à la représentation à l’ONU !!! Impensable ! ! ! Mais bénéfique ! Au cœur du problème et du mal-être !

       TE TA’I HŌHO’A - THE IMAGE OF THE SOUND (Pf) de Kalani SOYER, laissant paraître plus qu’une résilience à l’alcool – & ses dégâts en Pf–, une vraie thérapie : car la musique est plus forte que l’alcool ! Mais pas que ! Le détour par la percussion est un vrai bonheur, associé à l’esprit "musikos", un vrai régal... finesse, affects, un cœur, des chœurs, des rythmes...


Injures Néo-coloniales 

          Il paraît tout autant  aberrant que certaines pratiques politiques perdurent au 21ème siècle –en toute impunité– ! Si les insultes dégradantes ont disparu des palais & médias d’Occident, le néo-impérialisme n’est pas mort et prolifère dans le silence & la pléthore d’actes négatifs que subissent les anciens esclaves colonisés d’Océanie ! ! ! Tout comme l’acquisition de nationalité (française) n’a été accordée aux Chinois implantés en Polynésie depuis plus d’un siècle, qu’autour des années CEP... l’octroi d’une nationalité ou sa rétention constitue le déclic qui verrouille tout : les droits individuels comme les fonciers...

        Pourtant, tristesse est de constater que les victimes civiles, disparues en mer depuis 1953 n’ont eu leur plaque commémorative que de la part des élus locaux, & pas de l’État français : LES HÉRITIERS DE LA MONIQUE (N-C) de Fabien DUBEDOUT et Yann MAINGUET, ne sont honorés d’aucune manifestation commémorative du naufrage, & ne viennent perturber les festivités anniversaires de la colonisation française en territoire calédonien depuis plus de 60 ans ! Où va se nicher le mépris de l’entité Calédonienne !

     ONE MIND, ONE HEART(Aust) de Larissa BEHRENDT, reconstituera à base de preuves ces incroyables  pétitions inscrites sur des écorces de yirrkala & dûment portées au Parlement ! ! ! Il faudra plus de 30 ans d’investigations pour qu’elles soient authentifiées & reconnues ! ! ! Les épisodes rocambolesques de cet ordre se multiplient, avec reconnaissances des actes & des faits,  permettant de laisser entrevoir  une réparation politique, espérée depuis des siècles.

        Mais pas plus que pour STILL WE RISE de John HARVEY, le bon-droit n’est totalement respecté.  L’habitude du déni de l’Autre –l’Aborigène–, en Australie, ne cesse de proliférer... au point d’instaurer l’Ambassade Aborigène  dans son propre pays pour tenter de dénoncer le vide juridique concernant les citoyens aborigènes australiens ! ! ! qu’ils aient été tués, enlevés, assimilés, dépossédés, et de récupérer les Terres volées... Une accalmie, l’hymne de 92, puis plus rien et le vide...

     STANDING ABOVE THE CLOUDS (Hawaï) –de Jalena KEANE-LEE, n’espérant pas mieux de leurs États-souverains se déclarant à l’avant-garde de la planète, mais tout aussi escrocs ! La confiscation  des Terres sacrées de Mauna Kea, déclenchera grèves, manifestations, molestations, arrestations & suicides...

      Les indigènes sont moqués, ridiculisés, sans autre raison que la disposition du lieu pour y installer un observatoire...

          STILL WE  RISE ...  DEBOUT  !

       Pour achever avec un minimum d’espoir, cette plongée documentaire dans le Pacifique, découvrons les vertus calmantes du Kava entre Vanuatu & Nouvelle-Calédonie...  LE VOYAGE DU KAVA (NC) de Lou LURDE  ponctuerait-il cette série par une sorte de Happy End sur tout le Pacifique ? Les jours meilleurs sont-ils annoncés ??? Aucune trace d’un phénomène mondial hautement attendu !!!

       Et si le langage trouvait enfin une voie de communication par le biais du déchiffrage... Dessins sur sable ou laçages de liane... ne semblent pas si éphémères... Ils participent d’un alphabet complexe, que codifie chaque artiste. Nous reste encore à les découvrir au cœur d’une nation indépendante. TUAN TA PESAO d’Éric VANDENDRIESSCHE et Camille ÉTUL (Vanuatu, FR)  nous y conduit tranquillement : au pas à pas, au signe près, en toute patience. Le monde s’inverserait-il que les secrets artistiques passionnent les cultures à haute technologie ?

    Une note de musique, un battement, un blast beat, du growl, des accords percutants, et des résonances polynésiennes... le tout en discontinu,  même contestataire, ne ferait que clore positivement ces rencontres cinématographiques... Le DOC est une anthologie : il sauvegarde les plus grands moments ! ceux qui ont provoqué l’euphorie... ceux qui n’ont pas eu de lendemain ! Le DOC n’est qu’un constat ! Il est le gardien de la mémoire... mais davantage, il entretient ton image : & le Métal Tatoué ce n’est pas rien ! Toute une atmosphère dont les échos renvoient les temps ancestraux ...  METAL PACIFIQUE - LA MÉLODIE DE L’ENFER AU PARADIS  de Tevai MAIAU et Marion BOIS en guise de coda !

             Changerait-il la face du monde ??? Car on est en pur fantastique où les entités se mêlent...

            La réponse au prochain FIFO !

 

Un article de  Monak

 

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mardi 11 février 2025

22èFIFO -biopsie d'un podium

DOCUMENTAIRES      AU        TOP   


       Le signal du Palmarès ayant corné au creux du pū, – ce vendredi 6 février 2025–, au Village FIFO de Tahiti et dans les chaumières des connectés, grosso modo européano-océaniens, l’heure est avant tout aux réjouissances... mais aussi des grincements de dents. Sous le feu des projecteurs, les petites-mains créatrices –ou réalisateurs–, essuient le verdict du jury & la fièvre des sujets et témoins pressentis quand ils n’épongent pas le silence, plus âpre que la critique.  

      On aurait pu faire battre le tō'ere... pour orchestrer le verdict. La sentence des différents jurys – FIFO, OUTREMER, PUBLIC– saluant la valeur des œuvres présentées.... je précise bien : pour leur qualité esthétique, leur aboutissement, leur conception structurelle, l'harmonisation texte/image, la poétisation du commentaire ou de la prise de vue & l'investissement sonore qui les distinguent & catactérisent chacune... Du documentaire de compétition, faut-il l'avouer... 

      Opération à vif ou biopsie, les nerfs des producteurs ont été largement mis à cran. La diffusion des documentaires en dépendant, leur avenir d'affairistes aussi. Les réalisateurs, eux, à fleur d'émotion, –ce qui te motive puisque tu es créateur–, partageant leurs sentiments entre la dette qu’ils doivent honorer vis-à-vis des actants de leur film et la promotion d’une cause qu’ils estiment vitale...  rassurons-nous tout de suite :  

      Le jury du 22èFIFO France TV prime 3 lauréats sur les 10 films en compétition : score limite, décernant un Grand Prix pour un long-métrage documentaire unique en son genre, tandis que, curieusement, les 2 prix spéciaux se partagent le thème de la transidentité. Le palmarès ne se présente donc pas de façon banale.. Singulièrement, ils se distribuent entre le format le plus long & les 2 plus rapides de leur catégorie (dépassant de peu le moyen-métrage). Le critère ne portant pas sur la durée, nous tâcherons de supputer sur des paramètres totalement tenus confidentiels par les différents jurys, dont le central du FIFO, Ben Salama à sa tête.

Palmarès du 22ème FIFO

        La série Prix du Public, –sans même pouvoir en recenser le nombre de votants–, portera à nouveau sur le second prix spécial déjà nommé. Les  2 shorts prix du public récompenseront 1 court-doc & 1court-fiction océaniens sur les 20 sélectionnés. Quant aux verdicts,  rien ne filtre : pas plus  que cette 1ère édition du Prix Demain Ananahi attribué pour cause écolo-environnementale par un jury du pôle outremer France TV. Confidentialité à la clé...

     En guise de brève : «Pour la 4ème fois dans l'histoire du FIFO, un prix du public est également primé par le jury :

- 2025 - FIER.E.S (2èPrix spécial du Jury & Prix du Public)

- 2020 - The Australian Dream (Prix spécial du Jury et Prix du Public)

- 2015 - Kumu Hina (Prix spécial du Jury et Prix du Public)

- 2007 - Made in Taiwan (Grand Prix du Jury & Prix du Public)»

Un jury au grand complet 

       Vu les circonstances traditionnellement & parfaitement méconnues du grand public à propos du palmarès, pourrait-on déceler des variations de point de vue & d’orientations, d’une édition à l’autre ? Logiquement oui : en fonction des préoccupations internationales ou circonscrites à la zone océanienne... mais pas que... L’air du temps ne suffit pas.

             Le Président changeant chaque session, imprime-t-il sa marque sur l’ensemble des résultats ? À vous, d’en relever les indices. Le vote global peut fluctuer, en fonction des phénomènes de groupe, aussi bien que de sa catalepsie ou de son autarcie... Notons que le président Ben Salama est à la fois théoricien & praticien du documentaire : ce qui est un atout de taille ! 


Pronostics  

     Se pose alors, en toute liberté d’hypothèse, suite à la sentence plus ou moins digérée des concurrents, les critères de l’attribution des prix. Conjoncture ou hasard ? Face à tous les films pré-sélectionnés le Grand Prix semble répondre d’abord à un contexte original & bien spécifique. Ensuite, il recouvre un ensemble de qualités recherchées par les critiques cinématographiques.

     "Profusion & interdépendance des faits", implications dans les domaines voisins sociétaux & culturels, "mise en opposition des paramètres structuraux" : voilà qui interpelle... Entre clarification d’un nœud de problèmes  & "sa réinterprétation créative", nous voilà au cœur de la grande-œuvre, celle qui chapeaute les autres ...

    Chaque jury semble asseoir son unité, en partie autour de la personnalité de son Président, de ses préoccupations, de son degré d’implication & de ses qualifications. Ben Salama vient d’ailleurs, ce qui enrichit l'étendue des points de vue et permet de les relativiser, de plus il s’est concentré autour du plus grand phénomène qui détériore notre planète depuis 2 siècles : la colonisation... Les colonisateurs & occupants s'offusquant des revendications pourtant légitimes de décolonisation. Familier, pour ne pas dire observateur du même État ! Entre indépendance sanglante injustifiable –& promise depuis 1940-45–, & indépendance négociée... les dérapages sont pléthore ! Vers quel destin infléchit la Nouvelle-Calédonie ? Par hasard, il faut bien reconnaître que ses points de vue & le désespoir de Wallès Kotra se chevauchent malheureusement...  Ben Salama cultivait une lueur d’espoir avec ses documentaires sur le Caillou, lui faudra-t-il s’en départir ?

Ben Salama, le témoignage Kanak  
         Ben Salama, président, tout en maniant la caméra et en y convoquant les archives audiovisuelles ou autres, se dote d’un beau parcours de théoricien du documentaire. On ne la lui raconte pas à lui ! Tous les types de docus, il les a répertoriés, maniés, agencés ! Le lauréat devra quelque part répondre à la fois à des enjeux hautement politiques & internationaux... dépasser la sphère de la seule nation d’origine & d’une seule problématique.

     Sans oublier sa mise en représentation indispensable, surtout pour un sujet qui ne ferait le buzz qu’auprès de la seule classe des intellectuels du pays... Le film documentaire, tout un art !

    Il a déjà eu l’occasion de se frotter à l'Océanie pour deux documentaires en Nouvelle-Calédonie.  Apparemment... ce qui lie le jury ce sont ces échos croisés : indépendance et peuples de parole. Sauf que bien des certitudes se trouvent récemment anéantis. Encore une décolonisation manquée. Et tout l’intérêt de l’échange s’effectue pour renouer, à travers les créations documentaires, avec de nouvelles pistes positives...   

    Le choix du Grand prix escamote en l’occurrence les problèmes de société liés à la condition de la femme, –encore une contradiction entre "peuples de la parole" et "silence imposé aux femmes" dans les mêmes clans ou territoires ! Il ne s'attache pas aux problématiques unilatérales touchant une particularité nationale, culturelle, environnementale ou emblématique, abordées par l’ensemble des documentaires ; comme si le particularisme peut devenir un frein identitaire en excluant certains paramètres... La démarche se justifie...Humanisme ou autarcie nombriliste ? 


Le.s  Prix du Public

   Quant au public, s'il apparaît que certains de ses critères diffèrent de la nomenclature des professionnels et se réjouissent de tout ce qui est cordial et humain... force est de constater qu'il a parfaitement adhéré à l'un des documentaires les plus  sujets à contestation de la part des morales religieuses, partout dans le monde & spécifiquement dans tout le Pacifique ! 

       Particulièrement exemplaire de la persécution quotidienne & discriminatoire des Queer... en Polynésie française –considérée pourtant comme plus permissive en Océanie–, FIER.E.S, à la différence de TRANS & PREGNANT a ramassé tous les suffrages. Bien que le passant tahitien, le fidèle religieux manifeste encore sa réprobation quand tu l'interroges dans la rue... 

Le buzz

     Un raz-de-marée solidaire a secoué la toile & le village FIFO. Phénomène inédit, d’autant que le documentaire montre la discrimination dont la société polynésienne entoure les transgenres. Faut-il conclure à l’empathie naturelle des peuples océaniens et constater de l’impact de ce film sur les spectateurs ?

     Mais où est donc passée la vidéo virale qui a fait le buzz sur la toile et a cartonné avec plus d’1million & demi de vues, à la veille du palmarès ?  Un montage à partir de FIER.E.S qui a entraîné le vote du public...

      [...avec un peu de chance : cliquez sur le lien suivant *, la vidéo s’animera...  :      https://www.radio1.pf/record-de-films-locaux-au-fifo/# 

*   La vidéo buzz  de FIER.E.S du 6février 2025  *

https://www.facebook.com/watch/?v=1543827419589189 

         Un score d’1 million 7 (le 7 février), likant le montage «LALITA, une vie en enfer», c’est environ 5 fois la population de la Polynésie française. Ce qui nous signale que Lalita, son allure, son physique d’athlète-maquillée, sa fragilité, sa violence, ses larmes, la dureté et le tragique  de son regard, ont conquis les spectateurs de l’Hexagone (du fait même de la diffusion du FIFO sur les plateformes françaises du web. «Le choc !, la Meuf  !, etc... » s’entend dans les couloirs de te fare tauhiti nui...

   Ce qui signifie combien la figure de «LALITA», sa présence à l’écran, son authenticité, sa personnalité ont conquis les spectateurs. Pourquoi elle, sur les 5 silhouettes captées par Raynald Mérienne ?

     D’une part, elle correspond totalement à cette symbolique de la "douleur solaire" qu’une spectatrice évoque... sans tarir. «Paroxystique de l’ensemble des situations : en danger comme le cœur sur la main» toujours dans la rue, sans toit ni emploi elle capitalise & exacerbe les différents portraits du film.

     Ajouté à la façon très libre, intime, chaleureuse et détendue du réalisateur de transmettre la parole de ses sujets : ce qui les rend plus proches ... & casse la distance de la peur de l'inconnu, de l'étrange, ce Queer !


The Dark Emu , Grand Prix...  

       Allen Clarke, réalisateur australien a fait très fort pour rendre compte de la portée d’une controverse qui la rend universelle : de l’histoire & de sa réhabilitation au statut  menacé d’une économie de type colonial, de la discrimination raciste sans gants des conservateurs du pays... à la négation de la vérité scientifique, des peintures rupestres aux constellations en miroir, du harcèlement d’un auteur à son discrédit professionnel & intime, sans oublier la réconciliation nationale autour de l’hymne éponyme –The Dark Emu ! ! !  Presque toutes les thématiques océaniennes y sont traitées de façon claire & magistrale.

        En publiant Dark Emu, son auteur Bruce Pascoe déclare avoir écrit : «une non-fiction».

      C’est que divulguer d’éventuelles preuves de l’ingéniosité des Aborigènes, c’est anéantir la thèse officielle australienne de l’infériorité des indigènes et reconnaître leur éradication totale durant la conquête britannique du territoire... et c’est aborder la question de l’illégitimité de la colonisation sous le prétexte de «terra nullius» –« territoire de personne », ou « terre inhabitée» (bulle papale de 1095 ! ! )

Faire mentir l’histoire  officielle ! ! !  ça se paie

     La thèse du peuple premier agriculteur en Australie, à partir de la découverte du journal d’un voyageur occidental du 17ème siècle, d’un peuple d’extracteurs & exploitants de carrières de pierre, à partir de sites archéologiques, alimente, ailleurs, ce genre de polémique : escroquerie de conquérants. Ce qui touche des conflits immémoriaux comme Israël/Palestine, par exemple ! ! !

Réhabiliter l'histoire serait accorder une totale égalité entre les 2 ethnies... L’Australie n’étant pas tout-à-fait prête pour ce genre de révolution des mentalités,    

 

Les Queer de FIER.E.S 

     STAMBA BLO FRIDOM du Vanuatu, montre un processus d’indépendance traité sous le rythme de la palabre... C'est lent, lent... La réalité est pire ! Fred Fontes & Marcel Melto s’employant à prolonger le débat.

     Le documentaire des Outremers ne cessant de s’ouvrir de nouveaux festivals émergents dans la même continuité de leurs promoteurs, Wallès Kotra-Sylvie Gengoul, le nouveau prix Ananahi , Virginie Tetoofa ne s’est pas encore remise de cette distinction de ce prix écologique, véritable pari sur l’avenir.    

 

 

Un article de  MonaK

 

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