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Le nouveau roman de de Monak à lire absolument

samedi 20 janvier 2024

21ème FIFO : l’annonce


Fébrilité au starting-block 

 

      Imminente, cette 21ème session du Festival du Film-documentaire (FIFO): du 2 au 11 février 2024. Un mois déjà que la précédente conférence de presse (07.12.2023) mobilisait les médias sur l’annonce tant attendue des Tahitiens. Plusieurs mois de préparation pour l’Association du même nom (AFIFO) et 2 désignations primordiales : celle de la Présidente du Jury des films en compétition - la néo-zélandaise Briar Grace-Smith -, et celle de la maîtresse d’œuvre du Festival - Laura Théron-...

 

                Sur les chapeaux de roue celle-là, torchée en 2 heures, au Petit théâtre de Te Fare Tauhiti Nui, la 2ème conférence pré-FIFO(18.12.24), déballe une fébrilité manifeste de la part des membres organisateurs, bien loin de la zénitude de la version antérieure. Normal, dans la mesure où l’ancienne archivait la longue session de sélection des films retenus, la confirmation des partenaires comme le FIFE (Festival International du Film d’Education), la mise en place des Ateliers, et surtout la reprise du Pitch dating sous sa nouvelle forme : Oceania Impact Pitch for Indigenation. Avec Hollie Fifer, Directrice de Doc Society, formatrice dans cette dernière catégorie, et en suivant son exemple de réalisatrice accomplie, c’est l’occasion pour les 7 candidats au Pitch, de parvenir à leur fin : réaliser leur film, comme The Opposition (de Hollie Fifer) qui a remporté le grand prix du FIFO 2017.

 

Une équipe qui gagne

          Au nombre des innovations, faut-il compter le nom d’Aotearoa, désignation māori de la Nouvelle-Zélande. Et puis l’appartenance quasi totale océanienne. des membres du jury.

        L’accession de Laura Théron à la délégation générale de l’Afifo & organisatrice du FIFO. Des années qu’elle participe à la communication et aux opérations de promotion  du FIFO. Notamment à l’émergence du jury jeune en 2023... Ce qui implique un sens des responsabilités et une sorte d’anticipation sur l’avenir.

        À remarquer que le FIFO, suivant une longue trajectoire depuis ses débuts, les collaborateurs.trices d’antan qui récidivent, s’attelant aux tâches les plus fastidieuses que ne leur disputerait personne elles y gravissent les échelons, sur le devant de la scène comme dans les coulisses. À noter que si le jury FIFO obtient la quasi-parité avec une présence masculine supplémentaire, l’équipe visible du FIFO est essentiellement féminine.  

Laura Théron

        Ce qui ne dérange personne (à ma connaissance) : ne s’évacue pas une équipe qui gagne ! Puisque la manifestation évolue dans un sens positif et de plus en plus déterminé : une spécificité et un engagement probants dont nous font part les équipières et qui corrobore mes impressions. Qu’est-il de plus important dans le contexte actuel mondial que de porter haut les images de dénonciation, de contestation, de révolte pour la justice ? Le FIFO actuel constitue une belle plateforme de remise en question de la corruption globale.

 

La fête au courage de la  Présidente du jury

              Briar Grace-Smith, présidente de ce jury FIFO 2024, selon la tradition du Festival, ouvre le bal sur la dénonciation tabou des abus sexuels sur mineurs. Mais plus qu’un acte personnel, c’est un manifeste, prôné par le collectif des 8 réalisatrices d’Aotearoa - Nouvelle-Zélande donc -, qui ont produit Waru.

      La 21ème session s’avère plus qu’«intensément torride». Aucun outrage à l’intégrité de la personne ne sera occulté. Et les 6 autres membres du jury le prouvent, ne se comportant pas de façon plus anodine.

  Apparemment nombre de candidats, instigateurs ou promoteurs du FIFO, participent de ces personnalités qui induisent par leur fonction ou leurs créations au remue-ménage de cet environnement devenu dangereux, et sclérosé de par tant d’années de perversion mentale,  compromission ou lâcheté que certains de nos prédécesseurs ont  entretenu dans le Pacifique.

   

«Waru» le scandaleux abus sur enfants. 
 

          Au palmarès du jury 2024, des professions se distribuant entre opinion et création : Carmen Doom, responsable d’édition des journaux TV à Polynésie la 1ère et Heretu Tetahiotupa, président du comité du Matavaa o te henua enata et co-réalisateur du documentaire "Patutuki" (prix du public FIFO 2019) pour la Polynésie française. Trois réalisateurs : Allan Clarke (Australie), prix spécial FIFO en 2022, Corinna Hunziker (Aotearoa), Grand Prix FIFO 2023 et Patrick Durand-Gaillard (Nouvelle-Calédonie), journaliste et documentariste. Reste un architecte (Rapa Nui), Directeur du Centre de recherche Tepuku, Hetereki Huke Ainsa.


Briar Grace-Smith, présidente du 21ème jury FIFO 

         Une grande claque dans la quiétude des cinéphiles qui n’auraient pas compris que le documentaire océanien se barbouille de situations pas très recevables sur les performances peu reluisantes de notre humanité... Une prise de conscience coup-de-poing et une retombée sur notre société tahitienne, encline à jouer, elle aussi, les terreurs d’enfants.

 

Une collaboration déterminante & efficace   

        À l’affiche du 21ème FIFO, le plaisir d’y retrouver la figure du dynamique néo-calédonien Simane, slameur & rappeur, acteur de cinéma et de théâtre, en continuelle activité entre la ville et le clan. Lien entre cinéma de fiction et documentaire : de quoi nous combler... et surprise agréable.

        Chacune des animatrices des différents volets du FIFO n’ayant pas manqué l’occasion  d’améliorer ou d’approfondir les critères de leur secteur : la qualité, la provenance ou le nombre de films reçus en présélection est en augmentation (194 dont 147 documentaires & 47 courts-métrages de fiction) nous infome Mareva Leu du Comité de sélection. La production concerne même les lycéens de spécialité cinéma.

Mareva Leu , la mémoire vive...

          Outre les classiques du FIFO (Océanie, insularité, nuisances, dangers, cohabitation et préséances ethniques, violences historiques), il semblerait que les thèmes seraient de plus en plus originaux. Les sujets environnementaux, doublés de contenu politique, se proposent avec des semblants de solutions «à l’océanienne» ; le combat contre le nucléaire se poursuit et s’étend ; la réflexion sur l’identité prend en compte les fluctuations familiales autant que les exigences communautaires et en évoquent la reconstruction.

       Entre Arts, histoire et traditions, le portrait fait son effet, même venu de loin (Timor Oriental). Mais c’est au niveau familial, sociétal, national que se pose la violence et ses conséquences, d’autant «quand elles sont tues» !

1ères découvertes dont Carmen Doom (en retrait) au Jury

    Une trentaine de documentaires océaniens sélectionnés dont 10 en compétition et 13 hors compétition sont prêts à se mettre en ligne pour les spectateurs qui récidivent en numérique.

    Les 11 mini-fictions pour la 14ème Nuit de la Fiction du vendredi 2 et les 7 courts-documentaires (du samedi 3 février), précédant l’ouverture officielle où démarrent tous les ateliers, les rencontres, les colloques... ne seront qu’en présentiel... Dommage, ils sont tellement courts qu’on adore se les refaire...

 

Couleur officielle    

          L’effervescence (exaltation) de cette matinée à moins de 2 semaines des dates fatidiques du FIFO s’explique par l’imminence de la manifestation et l’abondance des sollicitations du public, déjà en ligne sur le site du FIFO.  

     Après présentation de Vaitua Tokoragi, actuel maître des murs de Te Fare Tauhiti Nui où s’inscrira le village FIFO, et remerciements au personnel de la Maison (de Culture), grâces rendues par Miriama Bono (Prés. de l’AFIFO) aux soutiens apportés par la Direction Générale de l’Economie Numérique (DGEN) en la personne d’Eugène Sanford, et à la Mission aux Affaires Culturelles avec Paul Leandri à sa tête : Pays et État concourent à la protection de la plateforme numérique comme à son investissement créatif, avec le Fonds Pacifique du Centre National  pour un «Festival qui entre dans sa maturité», lancera-t-il...

Les collaborations s’étoffent

        Laura Théron ne manque pas de nous rappeler qu’avec le documentaire c’est toute une éducation qui se fait : le patrimoine océanien à portée de mains des scolaires  grâce à l’image. La bande annonce du Festival n’omettant rien de ceux qui font l’histoire, protègent la nature et le droit de chacun... les 1ères années-collège se comptent parmi les cinéphiles avertis (grâce aux enseignants, au FIFE, au menu qui leur est accessible.

        La gratuité aux moins de 26 ans... les ateliers et rencontres - sur les métiers de l’audiovisuel - voilà de quoi allécher une tranche d’âge qui n’a pas les moyens et de quoi amorcer le réflexe «connaissance de sa propre culture».

   Et Marie Kops de révéler les plateformes  de réflexion ou de collaboration conçues pour les professionnels au niveaux régional et international.

 

Une bande annonce plutôt hard !

          Toute une culture de l’audiovisuel avec laquelle s’initier en Ateliers. Et déjà pour se préparer ne pas hésiter à plonger sur la page officielle FIFO/Facebook : https://www.facebook.com/fifo.officiel/

      Vous y trouverez dans «les rencontres avec les réalisateurs des films qui vont être programmés» ou «INSIDE THE DOCS», une approche du contenu du film... sur le principe de la visio-conférence...  Encore une de ces petites merveilles innovantes pour la session 2024 du FIFO.

   Continuez à fréquenter la même page pour les détails pratiques de tout horaire, programmation, atelier...

     Et si vous voulez vous réapproprier l’hymne du FIFO,  écoutez-le sur les ondes radio de Polynésie la 1ère, et en continuité durant le Festival, d’après Noella TAU, sa directrice d’Antenne. Une mise en bouche des plus conviviales.

 

Un article de  Monak

 

Tous droits réservés à Monak. Demandez l’autorisation avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.


dimanche 30 juillet 2023

FIFO BLUES signé HBH


SUR LE MODE ORALITURE **

 

                    "FIFO BLUES, Chroniques Océaniennes" inventorie en partie, sur un déclic, une feue session du festival : écho mêlé entre rumeurs du Pacifique et humeurs de son fidèle cinéphile et auteur, Henri Brillant Heinere. Le titre l’annonce : rubriques entachées de nostalgie autour de l’événement cinématographique qui rassemble toute l’Océanie. Avec ce livre édité par ‘Api Tahiti, nous pénétrons dans l’univers d’une écriture à fleur d’émotion.

          Car l’ouvrage de HBH baigne dans l’atmosphère, à la fois personnelle et conviviale, propre à la collectivité polynésienne

 

             Question de personnalité, sans doute, mais aussi de détermination et de choix. L’auteur, trilingue -dont le reo tahiti-, connaisseur, praticien et enseignant, est rompu aux antipodes de la transmission verbale entre littératures océaniennes et occidentales - anglophones, francophones et autres racines antiques -. Délaissant le rationalisme exclusif de l’écrit, conforme à ce genre d’analyse, propre à la Métropole, il rejette tout académisme qui s’attache au seul contenu : et de ce fait, nous dévoile ses inclinations naturelles.  En fait, un auteur qui dialogue ouvertement avec lui-même et avec son lecteur potentiel.

      Privilégiant le tribun dans son écriture, il s’inscrit dans la mouvance propre au mode de transmission ancestrale insulaire : l’ORALITURE, et son bémol ici manifeste qui nous la livre, couchée sur le papier...

 

L’oraliture appliquée

             Évidemment le terme d’oraliture ne concernerait que les «créations non écrites et orales» à l’instar des « légendes, contes chantés, devinettes, prières, chansons sacrées, chants de travail, de carnaval, chansons politiques, audiences», autres rituels de bienvenue ou de présentation ou toute autre forme d’apologie et toute prise de parole concernant la vie familiale ou sociale en sphère océanienne... FIFO BLUES s’écrit tel qu’il se parle.

         Avec quelques particularismes du franitien (franco-tahitien) comme le sens du terme «chavirer» (p.22)

         Le livre de HBH, construit sur le mode d’un discours oral ininterrompu, organisé,  répondrait aux attentes d’une audience attentive. Ne se ménageant aucune faveur, ni faux prétexte alambiqué poli, il dresse d’emblée son autocritique (p.20) ; il présente des excuses, pour manque ou oubli (53...) à son public fictif. Il l’interpelle à propos de ses mobiles, le prend à témoin sur ses impressions personnelles, autant que de l’objet de son analyse.  

         Le style, la structure globale viennent puiser aux sources de l’expression en langue tahitienne pour se voir transposés, tels quels en français.

 

FIFO BLUES & Henri Brillant Heinere  

        Fifo Blues passe donc directement de l’oralité à "l’oracriture", une transcription  destinée à un interlocuteur au bagage intellectuel plutôt robuste, avec ses références étymologiques, ses allusions linguistiques, ses termes spécialisés et son lexique sophistiqué Différentes tonalités s’y succèdent et pourraient facilement se faire entendre à la lecture orale.

       Dans son ensemble, la forme peut s’associer à l’Essai dans son aspect primitif à la Montaigne, tant il prend les marques de la personnalité de son auteur, tant il s’appuie sur le narratif pour se donner une interprétation philosophique, et enfin, tant il introduit le doute.


Du complexe au simple

         Cet essai, analytique, ne traite pas de façon rigoureuse et exhaustive du fait cinématographique en Océanie, mais fluctue en fonction de l’actualité internationale la plus prégnante : de la même façon qu’un orateur ou orero ferait l’apologie de cet événement, digressions incluses …

     Avec le label FIFO une critique pourrait se faire attendre. Elle est bien présente, plus ou moins appuyée, scientifiquement fondée, mais emprunte la forme bien spécifique de "l’oraliture". Les paramètres textuels du genre critique -de type informatif, narratif et argumentatif-  sont scrupuleusement respectés. Ils sont agrémentés de la tonalité oratoire propre à toute prise de parole en Polynésie.

       Le livre baigne à plein dans le domaine de "l’oracriture".

 


L’un des déclencheurs de l’écriture...

           De même que HBH s’est fait tatouer la plume d’écrivain sur l’avant-bras, de même, aucune peine à nous persuader que ses graphèmes, "encrés" sur la page blanche « sont un écrit qui parle» : renouant ainsi avec la tradition. L’oraliture convie toute une symbolique tirée de la réalité vivante d’un acte de parole, porté, partagé, ou démultiplié par les porteurs : tel celui qui «parle au feu» (50). La parole n’est pas gratuite. Seule sa nécessité lui fait rompre le mutisme.

         Le tiki figurant sur la couverture, accorde au livre un sens sacré : celui que prend naturellement toute parole qui rompt le silence et «se partage une responsabilité culturelle» (105). L’ouvrage débute par un «rêve prémonitoire en forme de poème»(5) : sorte d’adresse lancée à la nature, par le biais de ses oiseaux chanteurs, pour que l’équilibre vital évite de se rompre. La musique est donc présente, en couverture aussi, pour rappeler ce qu’est le Blues.

 

Lecture publique de FIFO BLUES 

        Et directement, par le feuillet «HOMMAGE» (9) nous sont offertes quelques bribes de la généalogie de l’auteur, tout comme par le passé, le Haere no Po : rituel de présentation. Suit le sommaire, pour finir d'exposer l’ensemble des thèmes ainsi que les interlocuteurs, que conclut l’«AVANT-PROPOS»(17) où l’auteur affiche ses raisons d’écrire et le déclencheur de ce livre. Soit 23 pages / 195 de préalables avant d’entamer le propos central.

        À ce préambule répond en parallèle et au final un agencement similaire en une vingtaine de pages où figurent : une traduction en anglais dans une IVème PARTIE, soit 1 chapitre (171-177) -correspondant au 1er chapitre de la IIème partie - ; un poème en prose ou Vème PARTIE : «PATUTIKI» (179-18) ; un «ÉPILOGUE» (183- 192) ; un hommage à Mame Michèle de Chazeaux (193-194) ; et des remerciements paraphés (195).


Critique stricto sensu ?

         Les critiques structurées par une thématique-clé au titre évocateur regroupent plusieurs films par chapitre ou partie. La sélection établie sur des coups de cœur ou des convictions.

        Trois PARTIES inégales pour émettre une critique des films du FIFO : chacune des 2 plus courtes (1ère & 3ème), dotées d’un titre. La Partie centrale ou IIème PARTIE (41-169), comporte VI chapitres intitulés : «La question aborigène soluble... ; «Bizarre, vous avez dit... ; «Héritage des ancêtres (Tupua) ; «Un monde catastrophique dans un Paradis en danger ;  «Sexualité protéiforme en Océanie-Pacifique ; «Richesses naturelles contre pauvreté d’âme.»

      La 1ère (25-40), ou TERRORISME..., se conforme seule à une structure numérotée, encadrée par Préambule, Conclusion & Glossaire : 1. esthétique visuelle, 2.Figures du récit, 3. Terrorisme & idéologie, 4. une philosophie nouvelle.

        La 3ème (165-170), focalisée sur une sélection-FIFO 2018, aborde la musique aborigène sous le thème «Transmission Orale».

 

18ème session du FIFO, Tahiti 

           Nul souci de similitude entre masse textuelle, logique ou contenu de chacun des chapitres : parfois l’analyse colle au scénario, parfois elle prend du recul et s’octroie une dimension ethnographique, sociale ou philosophique. Le déséquilibre se justifie au gré de la réflexion de l’auteur ou suivant les références qu’il accumule dans des domaines voisins.

       Il ne se lasse pas de diversifier son approche et de multiplier les points de vue : du personnage central aux témoins potentiels de n’importe quel continent. Car l’enjeu est de taille, pour lui, comme pour tout "orateur de l’urgence" : convaincre, du moins mobiliser l’opinion publique. Parfois une fin ouverte par une question auto-centrée (65) ou ciblant son destinataire-lecteur (90) : «Le 3ème Millénaire étant en manque d’amour universel, «ne suffirait-il pas d’un Infime Miracle»  ?

      Ainsi se justifie ce mode d’écriture discursive, où chaque idée cruciale est mise en valeur par une majuscule initiale (comme ci-dessus).

 

Mission accomplie

      La présence du locuteur est constante, une forme d’engagement : soit par des marqueurs grammaticaux que sont les pronoms qui l’identifient, soit par des indices spatio-temporels qui le localisent (le «dîner» 18). De même interviennent les marqueurs sémantiques qui le précisent («mon premier livre...» 19), comme l’usage des verbes de perception («Tous les jours, le FIFO m’envoûtait», 21) et les nombreuses reformulations : «Le monde physique passe d’abord par l’œil, l’organe des sens visuel, mais ici, il a été énucléé par la folie intégriste ou "désintégriste", qui dénie le droit de voir.»(31).

      À remarquer en passant, et c’est une propension de l’auteur, la création de néologismes... entre autres jeux de mots qui confèrent au terme ciblé, un sens inattendu, et hautement incisif.

       Le ressenti de toutes sortes («J’ai été impressionné», 96), les termes personnalisés, le recours aux goûts (54) ou souvenir ancrent davantage le propos dans le vécu ; par exemple, l’allusion à Métropolis (de Fritz Lang), conduit à un jugement particulièrement lapidaire : «Dans notre monde technologique, le temps est malade de tous ses symptômes, malade de son accélération vertigineuse, provoquant du stress inutile et des cauchemars plus que des rêves» (58). Les termes affectifs émaillent le texte sous différents modes, dont l’émotion partagée avec les acteurs-témoins du documentaire par exemple : «Les Hawaïens sont si heureux de recevoir le présent divin, qu’ils en sont émus jusqu’aux larmes, ce qui nous touche également»(123). Les évaluatifs ne cessent de poser les opinions en les caractérisant par des adjectifs qualificatifs (voir ci-dessus) ; les modalisateurs apportent constamment des nuances péjoratives, atténuées ou mélioratives (croire, affirmer, doute, excuses...) : «Peut-être faudrait-il...» (134). L’auteur peut intervenir aussi à travers les leitmotivs qui passent d’un récit à l’autre (ex : «les faiseuses de pluie», 49, etc...).

       Le mode personnel identifiable repose sur le système énonciatif du discours : un rythme à tonalité oratoire par accumulation (énumération des nations, 66), la progression, l’alternance (dans le passage qui convie «l’hubris» dans Hamlet p.69). Les leitmotivs strictement identitaires, tournés vers le passé et mettant de la distance avec le modernisme. 

 

Entre spiritualité... 

         La Critique développée ici, correspond en tous points aux normes du Genre, avec une partie informative (synopsis des différents documentaires abordés, 51), de par la ponctuation explicative, les exemples (énumérations, 21), les citations ; une partie narrative pour décrire et illustrer le propos qui se montre didactique : exemple, la définition du mot «aroha» (148) ; les bribes de récit font référence entre autres, à son vécu d’enfant (115, pour l’apprentissage de la langue tahitienne) ou en associant «tapa» et élections de Miss Tahiti (102).

         Elle privilégie le culturel au commercial, de toute évidence ! Et dans une partie argumentative, elle pose une évaluation ou un jugement, en insistant par des modalisateurs, des oppositions sur l'impartialité de son appréciation : constamment vérifiés (les deux paragraphes sur la chanson tahitienne et l’apprentissage de la langue, 116). Dressant à plusieurs reprises, une dénonciation véhémente du nucléaire, hors-champ du documentaire (129), elle prouve le dynamisme de son mode opératoire.

 

... et ART

     Une écriture discursive qui ne cesse d’inventer ses propres critères : l’auteur parvient occasionnellement à établir une psychanalyse des courts-métrages pour en tirer  meilleur parti.

         Une écriture ardente, en soubresauts et en émotions. Tout comme pourrait s’identifier cette forme d’expression qui utilise raison et affect dans la mesure où la corporéité entière participe.

        En fait, cette chronique dépasse son propos affiché pour devenir le livre d’une vie, à travers images et références symboliques : «l’écriture du sang», tout comme le tatouage est "langue-racine", (113).

 

Un article de  Monak


** Un autre article précède sur la personnalité de HBH :

https://tahiti-ses-iles-et-autres-bouts-du-mo.blogspot.com/2023/07/hbh-un-auteur-polynesien.html 

 

Tous droits réservés à Monak. Demandez l’autorisation de l’auteur avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.

 

NB - FIFO : Festival International du Film documentaire Océanien de Tahiti :

https://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_festival/331 

https://www.avantscenecinema.com/entretien-abderrahmane-sissako-timbuktu/

 

HBH un auteur polynésien


Par-dessus haies *

 

             Toute plume crée son lexique, par nécessité ou plaisir, à commencer par Thomas More, référence lointaine mais incontestée dans sa galerie de penseurs... Henri Brillant Heinere n’y échappe pas : sur «le bleu du ciel miroitant», entre autres couché au cœur (page 130) du 1er tome de FIFO BLUES. L’auteur, enfin décidé à commettre sa 1ère publication, n’est pas resté manchot. C’est qu’«il met à sac le patrimoine culturel de son époque», éclaté sur plusieurs continents, tout comme se commettait l’écrivain de Lépante.

 

           Étudiant à Paris, il avait créé la pièce chantée, dansée, dite en pa’umotu : «To’a Punga (Corail Mort)», sous forme de tribunal, accusant les «démons d’hégémonie» qui conduisaient à «la destruction massive (...) par les essais nucléaires»(129-130)... Maintenant à la retraite, il offre textes et poèmes pour des causes humanitaires à Tahiti...  son fenua, lieu de son bonheur, son eutopie, comme il se plaît à le philosopher...  

 

«Marche rose» à Paea... avec HBH

       Car là où il se trouve, HBH ne lâche rien : mentalité de challenger, qu’elle soit sportive ou culturelle... Ce 1er livre, panaché de tout ce qu’il trimbale de connaissances  approfondies et d’éléments vécus, de part et d’autre des océans traversés... nous fait sauter par-dessus les haies, à la suite de ce champion qu’il était «sur le Continent liquide» ...  Le 400m l’ayant désigné aux jeux du Pacifique Junior..

 

Du militantisme...

         Commencer sa jeunesse avec le coup de gong des essais nucléaires, c’est s’activer le cerveau contre les injustices d’une condition politique ancienne déjà peu reluisante, rehaussée  des dérives et corruptions internes surabondantes. HBH poursuit ses universités et se donne les moyens de la comparaison en s’exilant momentanément, tout en subvenant concrètement  à son quotidien.

           L’action peut s’avérer créatrice mais elle est avant tout collective... HBH s’en persuade et joue un rôle de transmetteur où se distribue la parole et circulent avis, contestation et argumentation : l’enseignement, à la manière socratique, avec l’appui de l’audio-visuel, comme support de réflexion. 

 

À la PRIDE 2023, Paofai, Papeete

            Le militantisme bénévole, il en est persuadé : prônant et promouvant la cause la plus épineuse qui soit au sein de la collectivité polynésienne : soit, la liberté de genre et de pratique sexuelle. Ce n’est pas anodin ; c’est sans conteste périlleux. Et socialement discriminatoire.

            Mais que voulez-vous, HBH ne serait pas HBH !


...à l’écrit

          L’écriture, longtemps laissée à l’état de projet : il accumule dans ses tiroirs roman, nouvelles, poésie, etc... Trop de signes convergents pour qu’HBH, ce graphomane compulsif en toutes circonstances, parachève enfin son objectif... Ce qui n’est qu’un commencement, espérons-le.

         Pour simplifier, le déclencheur immédiat de son écriture s’est brusquement précipité, avec, à l’ouverture du FIFO 2016, le visionnage de Timbuktu. Déjà bien ébranlé par ces 3 fléaux qui affectent le monde Afro-occidental et se propagent aux antipodes : choc du terrorisme, de la crémation de manuscrits anciens au Mali, de l’esclavage associé à l’idée du Blues.  Tout comme le réalisateur A. Sissako, exilé permanent, HBH met un point final à son nomadisme en terres à haut risque d’attentats (cf. l’année 2015) et s’ouvre une brèche tout autant dramatique, sur le «Continent liquide du Pacifique» qui n’en finit plus de se répandre en pleurs... 


Un  auteur  polynésien

            L’auteur bataille à plein contre les exactions qui débordent des caméras océaniennes et aspergent les écrans, tout au long de la session du FIFO (2017). Sans prendre de gants, car il a le courage de ses opinions. Scrupuleux dans ses analyses par respect pour les autres et pour pouvoir continuer à se regarder en face, prodigue en circonvolutions car intrinsèquement généreux, ceux qu’il approche se voient d’emblée comblés.

         Il expose librement les convictions qu’il dégage des films, les regroupant sous une thématique quelque peu engagée : acerbe sur la question aborigène... il aborde les dérives liées trop souvent aux mythes et aux croyances ; il s’interroge sur l’avenir des traditions et leurs appropriations diverses. Il s’insurge contre l’humiliation et les excès de la conquête, qu’elle soit ancienne, perdure ou fait l’actualité de l’Océanie.

            Avec bonheur, il secoue le silence feutré qui entoure une sexualité résolument protéiforme... et en butte aux représailles. Et ce n’est pas le seul coup de pied qu’il donne sur les herses dressées d’une économie de misère et de mentalités rétrogrades...  

 

LGBT Tahiti à Bora... 

              Aurait-il préféré se trouver épargné par une filmographie d’exception où les seuls attraits s’appliquent aux seuls bonheurs de l’âme et des sens ? En fait, il y aspire !

              Ses grands coups de cœur, ceux qui pourraient le satisfaire sans nuage se réduisant à deux films d’exception sur la création artistique et sa transcendance : la musique aborigène et sa transe créatrice... le tatouage marquisien et sa symbolique  tout autant métaphysique.

 

Un article de  Monak

 

* Un autre article suit sur le mode d’écriture de HBH

        Tous droits réservés à Monak. Demandez lui l’autorisation avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.