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Le nouveau roman de de Monak à lire absolument

mercredi 1 mars 2023

Les "In LOVE" de Roti Make

Les "In LOVE" de Roti Make

 

           Un vernissage, en milieu mā'ohi - ou culture spécifique de la population originaire de Polynésie -, commence toujours par une cérémonie d’accueil : où l’un des invités du public vous souhaite la bienvenue, en réponse au cadeau que vous leur offrez - soit l’exposition que vous venez d’accrocher - et que vous ouvrez à Fenua Galeries, pour une petite semaine, février de cette année 2023.

       La surprise initiale s’appelle Moana (guide touristique) accompagnée par 2 des membres de son Association TE ARU, Tagitea et Toai - en formation Culture & Patrimoine -. Ils interprètent leur création orale et musicale, destinée à Roti Make : le orero du bonheur.  

Le orero du bonheur

 Atours végétaux, pū et guitare, ils nous convient à nous unir à leurs souhaits et offrent à l’artiste plasticienne - Roti Make - un plant de ti'a'iri (bancoulier) ... C’est que, pour renouer avec la coutume ancestrale de la bienvenue et s’adapter aux pratiques culturelles du 21ème siècle, les expo débutent par une adresse à l’artiste exposant.

 

Les "IN LOVE", je vous dis...

   Au cours de son élaboration, l’exposition a pris un tournant définitif au nouvel an 2023 où elle a entamé et bouclé sa dernière série, pour se conclure sur un coup d’éclat et lui donner son titre "IN LOVE"...  Après avoir épuisé ces derniers mois, un type de figures aux faces striés et surlignées de ridules qui a fait le bonheur de Naty’Art à la Presqu’île en 2022, Roti Make  se lance véritablement dans l’épure. Simplifiant au maximum, elle s’en tient à un minimum de traits et joue le symbolisme.

   Car elle est spéciale sa dernière série : lisible dans les 2 sens sur le même tableau, elle se compose de 2 profils en vis-à-vis qui s’imbriquent et fusionnent en un seul faciès. Le jeu des profils/faces n’est pas une innovation dans le style de l’artiste. Déjà a-t-elle joué de ces combinaisons qui privilégient les points de vue doubles et  en associent les angles.

La série "IN LOVE"

          Une série qui, flirtant avec l’abstraction, en déroute certains. Si l’art traditionnel polynésien est parcouru de signes, le figuratif semble actuellement remporter les suffrages dans l’approche du public. Consent-il parfois  à s’éprendre pour une forme de stylisation qui le dépayse, mais préfère-t-il souvent grappiller dans les ressemblances où chacun peut se reconnaître.

Un éphémère qui s’éternise 

        N’allez surtout pas croire qu’une galerie plein centre de Papeete, même si elle se nomme "éphémère", puisse rester vide et déserte. À Tahiti, la devanture colorée attire et brasse les curieux de tous horizons. Mais ce fait est négligeable, comparé à l’aura de Roti Make.

       Car l’artiste propose de partager son espace occasionnel à qui veut l’habiter et en user. Parmi les connaissances et amitiés de la plasticienne, le livre de Christian Pinson et Eric Noble sur les Marquises. Déjà, consacre-t-elle son temps de présence à la galerie pour nous introduire dans le monde multiple de ses créations. Quelques-unes de ses anciennes toiles figurent à côté des nouvelles.


Au gré de la création

         Si nous déplorons l’absence de document imprimé ou interactif sur le parcours artistique de la plasticienne, pouvons nous le retrouver en partie sur la page facebook Exposition ROTI MAKE, et en retrouver quelques traces parmi les œuvres exposées. En effet, l’artiste a développé, à partir de sa propension initiale de portraitiste fidèle qui l’a lancée, une manière qui lui est propre. En privilégiant telle facette de la personnalité et en se l’appropriant autrement, elle lui confère une dimension universelle, la cautionnant d’un contexte tiré des légendes anciennes, du patrimoine sans cesse ravivé, des scènes de la vie quotidienne et de la spiritualité ambiante.   

          C’est en modelant les différentes empreintes d’une expression, d’une attitude, leur façon de se couler, d’imprégner chaque trait ou chaque angle corporel, en les découpant, en les individualisant que l’artiste a fait évoluer son style : passant du réalisme de base à un monde où l’onirisme intervient puis fait place à un expressionnisme, plutôt original et décalé.

          Roti Make, tout en maintenant sa relation à l’autre, son acuité au regard qui interpelle, explore les chemins inconnus de son imaginaire, dans une persistance et une permanence où la communication est reine.

 

Une famille est née 

        Une exposition, de l’avis de Roti Make, c’est l’occasion de resserrer les liens de convivialité qui se sont établis depuis ses débuts avec un public qui l’apprécie et revient pour de nouvelles acquisitions. C’est aussi l’opportunité d’ouvrir son univers aux inconnus, anonymes et jeunes générations. L’éventualité aussi de se faire connaître autrement et d’y partager d’autres talents.

       Si la peinture, le stylisme, le graphisme adapté à un support font essentiellement partie de son mode majeur d’expression, Roti Make y joint  actuellement celui de l’image vivante sur vidéo : l’alimentant de propos mêlés de poésie et d’humour. Car depuis la création de sa radio (dans les années 2000), Roti Make est dotée d’une facilité d’élocution qui l’entraîne actuellement dans des sketchs où elle met en scène les matahiapo : elle en a l’âge et ne s’en prive pas avec les "Mamitasses", dont elle montrera de courts épisodes en cours d’élaboration sur le vif au public du mercredi après-midi. C’est que l'artiste sait allier barbouille et gribouille... 

Des animations artistiques touche-à-tout

      Le jeudi de sa semaine d’expo, s’improvisera une soirée happy hour sur les chansons de Pito Maori o Havaii, les impros de Sophie au violoncelle et les impromptus de Monak. Belle aubaine pour présenter à l'auditoire les participants de l'improviste, introduire des lignées inconnues dispatchées dans le monde entier... et se constituer une nouvelle famille. Elle aurait pour nom "Nati Au Mau" - soit la tribu du Vrai Amour -  et se chercherait des espaces d’évolution pour un projet collectif. De la continuité dans les idées et le parcours vagabond de Roti Make, dans la lignée de ses "IN LOVE" !

       L’art, ne se suffit pas de la création solitaire, primordiale pour faire le 1er pas dans le domaine : il se nourrit et accorde beaucoup d’échanges et de partages. Ce que démontre très bien Roti Make.

       

Un article de  Monak

 

   Tous droits réservés à Monak & Julien Gué. Demandez l’autorisation des auteurs avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.






mercredi 22 février 2023

Roti Make expo 2023 : In LOVE


"In Love" de Roti Make

 

       Boostée par Sarahina Birk, concotée pieds dans l’eau à Tahiti, la nouvelle expo picturale 2023 de Roti Make s’est essuyée les retards de reprise culturelle dus à la covid. Paix à son âme. Enfin, Papeete reçoit l’expo "In LOVE" pour une semaine à Fenua Galerie, près du Pont de l’Est.

        Un bout de temps déjà que l’artiste, originaire de Rapa, n’avait trempé son pinceau dans l’acrylique pour nous faire partager ses humeurs.

69 œuvres comme autant de bougies pour débuter l’année  ...

       « 69, année érotique», ainsi que le suggérait Gainsbourg, fut un temps  décomplexé, où la libre expression artistique avait pris son envol, partout dans le monde : ici aussi avec la révolution culturelle marquée par Hiro, Bobby Holcomb, Coco Hotahota et tant d’autres...  

 

Des visages et des corps féminins 

       Qu’elles soient seules, en portrait, en pied, en groupes, les silhouettes sont résolument féminines, excepté pour la dernière série où les vis-à-vis semblent s’ajuster en fonction des partenaires "in love", c’est-à-dire  "en amour ", enamourés, amoureux...

       Mettez-y les genres que vous voulez, vous êtes gagnants !

      Des raisons à tout ça ? Si l’enfance de Roti Make a été celle d’un "garçon  manqué", vu la rudesse de cette période où il lui a fallu  grandir et dépasser les obstacles pour s’épanouir ... elle s’est réalisée dans la couture, en particulier le stylisme et dans l’animation d’une radio culturelle qu’elle a créée...  

Du portrait à ses échos

          Vous pourrez en savoir davantage, car l’artiste vous offre chaque matin de cette semaine une visite guidée de l’expo où vous pourrez lui poser toutes vos questions indiscrètes ou pas . Les enfants sont  favorablement invités, en cette semaine de vacances scolaires : profitez-en...

         Mais si vous êtes comme moi, à vous laisser induire, suborner par l’aspect irréel des tableaux, tentures de tous formats, vous glanerez votre content au cours de la visite. Pas une toile qui ne vous emmène et vous enlève dans un monde fantastique. Peuplé de sentiments, cet univers vous transporte dans ce qui constitue nos moindres émois, la moindre trace du passage du temps.

 

Des facettes aux échos

        Qu’ils soient surlignés de noir ou de blanc, qu’ils soient constitués de puzzle de couleurs variées, qu’ils rassemblent dans la même vision deux profils en une même face, la majorité des portraits et figures exposées vous font voyager dans un monde où la parcellisation est reine...

       De la première mouture style vitrail au module composite où chaque élément corporel est  mis en relief par un motif qui le sépare du reste : il semble que l’accent soit mis la succession des moments plutôt que sur l’unité du  sujet.

     Des motifs multiples que vous voyez poindre, il en est certains qui vous font vagabonder entre tatouages, pointillisme à la manière aborigène...  visage et masque, nature et travestissement...  sans que vous vous déterminiez pour l’un ou l’autre, car l’originalité de l’artiste est préservée... Roti Make  ne participe d’aucune école... et reste elle-même...

Des portraits qui se lisent en plusieurs fois

       En fin de compte, vous êtes bluffés car  rien ne vient  vous  orienter dans votre lecture  :  rien ne vient déranger votre vision. Vous englobez le tout d’une seule pièce. Et seule l’expression  du  sujet principal importe...   et vous guide dans un monde où chaque geste retient la fuite du temps.

        Soit, vous vous laissez induire aux circonvolutions que vous font suivre les traits de l’artiste. Elles s’inscrivent comme une suite de sentiments retenus, voire mélancoliques, et «retiennent le temps, comme les rides» conclut Roti Make...C’est que la toile, comme la peau, vous font osciller aux mouvements que vous proposent toute attitude .

       Mille façons  de lire  une œuvre... Un art particulier que nous devons à son auteure... 

        ...à suivre....

      

Un article de  Monak

 

   Tous droits réservés à Monak & Julien Gué. Demandez l’autorisation des auteurs avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.

 

mardi 21 février 2023

20ème FIFO : question de genre

 

Question de genre

      

           Prix à la clé, le 20ème Festival International du Film documentaire Océanien (FIFO) ne déroge pas à ce rôle, à travers un jury amputé de l’un de ses membres et du coup, paritaire. D’un côté la récompense attribuée aux réalisateurs des documentaires sélectionnés pour la compétition, de l’autre, l’impact au niveau du public en présentiel à Tahiti ou en ligne : ce qui occasionne bien des débats sociétaux 

          Mais la 20ème session s’est montrée exemplaire dans la mesure où le panorama a largement élargi son panel sur un contenu des plus éclectiques... Entre reconnaissance culturelle à l’international, biopics récents ou anciens, conflits coloniaux irrésolus, aux dommages très lourds et aux injustices qui courent toujours...


Une ségrégation systémique en Océanie...

       Un processus identique semble avoir imposé des choix du même genre dans l’ensemble des films présentés dans le In ou le Off. D’une part, une réhabilitation de l’histoire et des grandes figures - parfois méconnues - qui l’ont tissée. Dame Valerie Adams : More than gold, réalisé de Briar March, qui obtient 1er prix spécial du Jury et le prix du Jury Jeunesse.

D’autre part, une mise en valeur des lieux, des symboles ou des personnalités qui sont parvenues à relever le défi à la ségrégation, aux revers de santé, aux exploits sportifs ou créatifs.

Enfin et inclassable, ce qui subsiste de l’intolérance, de l’impensable, du bilan négatif des diverses cohabitations (incarceration nation, milked, et No Māori allowed, réalisé par Corinna Hunziker qui obtient le GRAND PRIX du JURY.

 

 

Destins de femmes portés par des femmes

          Serait-il significatif que la majorité des films du FIFO primés pour la 20ème session porte sur une thématique largement féminine et ait été concrétisée par des réalisatrices... ? Le fait est, mais apparemment personne ne le signale ni ne lui confère une acception particulière. Sinon qu’il révèle des différences notoires pour aborder les différents sujets. Sans parler des réactions épidermiques d’un public qui n’intègre pas toujours le sens de l’évolution des mentalités.

        La tolérance zéro concernant les autochtones dans leur propre pays, traitée par No Māori allowed en Nouvelle-Zélande, constitue un problème récurrent auparavant comme actuellement, sur la majorité des territoires dispersés sur le continent océanien, indifféremment colonisés par les systèmes britanniques ou français. 




Quand les plus faibles sont victimisées dans leur propre patrie

         D’Hawaï à la Polynésie ou à l’Australie, l’absence de droit ou de maintien du droit à l’égalité ou à l’humanité reste une réalité difficile à admettre pour qui est spectateur impuissant... des écrans du Pacifique. Le malaise est profondément culturel, reposant sur des notions d’infériorité entérinés par les colonisateurs pour s’approprier mentalement et physiquement valeurs, richesses et biens des «Habitants premiers ».

        De même, toute symbolique culturelle, éloignée de la mentalité des conquérants, est rejetée, niée, dévalorisée. Ainsi the healer stones of Kapaemahu, co-réalisé par Hinaleimoana Wong, Dean Hamer et Joe Wilson montre combien la vérité est effacée quand elle dérange : celle du 3ème genre en particulier. 4 Tahitiens MĀHŪ en visite à Hawaï, selon la chronique ancienne, reste cependant symbolisé par 4 Rochers sacrés...

 

Femme et médaillée olympique, un challenge

        Avec une recherche esthétique particulièrement soignée sur l’image, la gestuelle, le cadre sportif, ses balises essentielles, le film insiste sur l’intention de la sportive d’origine tongienne de concilier son statut de femme et sa carrière sportive.

       La maternité fait partie de ces impératifs, voire de ces obstacles qui tronquent ou mettent fin à des objectifs sportifs ou professionnels... Comment peuvent-ils se gérer quand le temps imparti à l’entraînement vous arrache à votre rôle familial ? Comment se détacher de ces poncifs sociétaux culpabilisants qui déterminent la place qui vous revient et oblitèrent celle qui vous épanouit...

 


L’avenir des jeunes générations... ?

      Qu’ils soient primés ou non, les Short documentaires montrent une étroite collaboration entre les réalisatrices et les sujets de leur investigation quand ils sont des personnes. Par exemple, dans mana over meth (NZ) la connivence qui s’instaure entre Holly Beckham, réalisatrice, et Jessica Apanui.

       De même, en Australie, le parcours de la réalisatrice de Maya Newell montre combien elle est proche des personnalités qu’elle choisit toujours dans les franges minoritaires de la population, dont Georgie Stone. The dreamlife of georgie stone, son dernier documentaire a été primé dans la catégorie des Shorts.  Preuve que le sujet captive toutes les générations.

         Alors, des changements dans l’air ?

 

        Un article de Monak

 

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