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Le nouveau roman de de Monak à lire absolument

mardi 8 février 2022

19èFIFO - J-1 de l’ouverture officielle

 

Le jury du FIFO sous le banian

 

Lundi :Ils sont enfin là, à Papeete, les membres du jury et les invités océaniens de ce 19ème FIFO. Ainsi que pour l’ensemble des Festivals de par le monde, la cérémonie d’ouverture officielle est fixée à demain mardi. Nous en sommes à 2 jours officieux.

 

Juste avant, durant le week-end, s’est tenue la Journée du Court : avec les doc-courts l’après-midi et la 12ème Nuit de la Fiction, couleurs océaniennes. Ce lundi est consacré aux scolaires, guidés pas leurs enseignants dans 3 salles de projection. Dehors, le nouvel an chinois...

 

Hereiti à la communication

Au Village FIFO, les stagiaires en communication sont à l’accueil des festivaliers : invités réalisateurs, membres du jury, professionnels des médias, public fifoteur. Des stagiaires, il en fourmille de toutes sortes : à la prise d’images derrière les caméras des médias, à la distribution de documents, à l’information pratique comme culturelle ; et sacrément connaisseurs du contenu de chaque film ; réactifs un maximum derrière leur pilote en communication : Laura, l’instigatrice de " 1 FIFO, 1 HISTOIRE"

 

Enfin, une grande respiration de la part des organisateurs qui voient se réaliser un véritable démarrage en présentiel, comme une grande bouffée d’air frais. Un vrai FIFO, avec sa dose de rencontre et de proximité !

 

La conjonction du jury

Aux côtés des 3 tahitiennes du jury – Heiura Itae-Tetaa, Virginie Tetoofa et Tepiu Bambridge –, la présence de l’hawaïenne Beckie Stocchetti (à gauche en blanc). En face, à la table officielle, le président du Jury, Emmanuel Kasarhérou.

 

Arrivé dans la nuit, il insiste sur la nécessité de maintenir la diversité culturelle de chacun des pays d’Océanie. Et de fuir toute forme qui serait tentée d’imposer un semblant de conformisme et de similarité, d’effacer les singularités, et d’agréger les particularités culturelles sous les principes de communalité.

 

Les rescapées du jury

Quant à Hollie Fifer (Australie) et Catherine Graham (NZ), elles sont restées au pays ; les lignes aériennes ne se sont pas encore réouvertes… Reste le contact numérique pour compenser.

 

S’adapter au virtuel

Se poserait, avec l’absence de certains membres du jury, la faisabilité, mais surtout l’efficacité de tâches particulièrement délicates, comme l’évaluation de chacun des films qui sont inscrits en compétition. Il en est de même pour tout métier qui a dû composer avec la crise sanitaire.

Pour Rémi Festa, directeur adjoint (auprès de Luc de Saint-Sernin), il a fallu s’adapter vite à la solution virtuelle. La communication audio remplace le visuel in extenso. Pour son travail, qui lui demande beaucoup d’interaction avec l’international, au début c’était un peu guindé. Depuis, tout devient plus facile, voire surprenant. Devant l’effacement d’un code gestuel entièrement visible, de signes avant-coureurs de tensions, nous avons découvert que la parole devient plus cinglante.

Ainsi que l’a noté Luc de Saint-Sernin, à la direction de la stratégie éditoriale du Pôle Outre-Mer à France Télévision, notre préoccupation est plus qu’un regard local sur la production : un pôle de création, avec « plus de 100 documentaires coproduits ».

 

Rémi Festa : virtuel mode d’emploi

Il n’est donc aucune inquiétude à craindre pour le jury du 19ème FIFO ; leur 1ère expérience en virtuel date de l’an dernier et elle n’a été suivie d’aucun commentaire ou manque désobligeants.

 

La note optimiste

Au FIFO,  les paysagistes et horticulteurs de Fare Tauhiti Nui sont à pied d’œuvre pour décorer la salle du jury, entre autres. À la table officielle, Wallès Kotra, le légendaire initiateur du FIFO, participant actif au colloque des Télévisions et aux légataires du Festival (FIFAC) se déclare prêt à porter main-forte au Ministre de la Culture : déplorant seulement ne pas être au niveau d’un « connaisseur de 87 dialectes calédoniens » (Ah ! Ah !) !

 

Wallès Kotra

Souhaitons que l’humour rejaillissant sur chacun ne soit pas prétexte à harcèlement. Dans notre monde tout est possible…

 

 

Un article de Monak

 

Tous droits réservés à Monak. Demandez l’autorisation aux jounalistes avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.

 

19èFIFO – petite histoire


Grands  Chaos

 

Pour y aller de ma “petite histoire”, à l’instar de nos “gentils animateurs” de l’AFIFO qui sur la toile numérique du Festival et la page officielle FIFO Tahiti de Facebook nous entretiennent de leurs effluves affectives, je me commettrais donc à l’exercice (1 FIFO : 1Jour)

 

Sauf que je n’apparaîtrais pas à l’écran de crainte de le noyer.  Effectivement, comme cet enfant papou, contraint de se grimer de blanc & de danser pour assurer aux membres de sa tribu quelque compensation alimentaire qui ne remboursera jamais la spoliation de leurs  terres par Exxon Mobil, un mutisme impassible s’impose. Simple décence.

 


Un désespoir ravageur

Merci à la réalisatrice de 140 km à l’ouest du Paradis, Céline Rouzet qui nous livre ce regard noyé – insoutenable – d’un enfant mélanésien : pas moins d’1minute 15secondes d’un plan fixe qui semble durer une éternité ! Contrepoids aux niaiseries éructées par une touriste US qui s’exalte à ses propres borborygmes & se persuade de la profondeur des banalités qu’elle débite à la seconde. Quel contraste ! Face à la douleur incommensurable du gamin, conscient de devoir gesticuler, parqué avec ses aînés comme du bétail, pour une mascarade totalement vidée de son sens.

 

Qu’on se le dise ! Cette année 2022, si nous voulons nous congratuler pour une quelconque raison, réjouissons-nous pour le talent, la finesse, l’ingéniosité de certaines réalisations : et saluons l’équipe artistique & technique qui y participe. La séquence "enfant papou inconsolable" compte désormais dans l’histoire des images culte du cinéma, comme le landau du Cuirassé Potemkine. Page d’histoire pour une mort annoncée

Le sens de l’humain dans un monde déshumanisé  

            Ne nous voilons pas la face : cette 19è session est particulièrement sanguinaire et scélérate. Les nations s'en donnent à coeur-joie pour nous forcer à établir un bilan des plus rétrogrades. La civilisation est en berne et nos dirigeants  s'appliquent à nous faire retourner en barbarie, quelle que soit l'île où nous habitions.

           Dotés d’une capacité de résistance, d’une empathie à toute épreuve, voyons-nous certains réalisateurs se plier aux conditions de vie lamentables des sujets qui leur tiennent à cœur. Combien sont capables de se fidéliser une dizaine d’années dans les pires circonstances & au péril de leur vie. Sincères  dans leur rapport aux anonymes qui figureront en images sur le doc, ils recueillent une parole Vraie : celle qui perce l’écran, vous émeut ; celle qu’ils n’ont pas dictée dans un scénario pré-établi.

 

Existences effacées

Une trempe de réalisateurs qui savent aller jusqu’au bout et témoignent du “cauchemar des populations autochtones qui voient leur espace vital disparaître”, de l’ “histoire car elle symbolise la violence et l’absurdité de notre époque. Une histoire d’invasion et d’exploitation qui se répète dans cet endroit du monde que nous n’avons de toute évidence jamais fini de coloniser. Sauf que nous détournons le regard. »  commente Céline Rouzet

 

De l’insanité de la langue de bois

Les grands agents de ce retour en arrière, de ce rétropédalage sont les politiques. La contradiction au sein des mesures qu’ils imposent. Ils manient sciemment l’absurdité pour faire admettre leurs propos, et jouent de l’inconséquence des lois qu’ils mettent en place clandestinement.

Pas la peine d’ouvrir le concours de l’extravagance et de l’absurdité. L’histoire récente, aussi vieille que nos 20-21èmes siècles accolés « revient en force » tout en se mordant la queue… Sans radoter sur un « éternel recommencement » de l’histoire… posons-nous tout de même la question de la débilisation de notre société, sans bien savoir lequel se trouve au haut de l’échelle : la victime ou le bourreau… extrapolons. History Bites back = l’histoire revient, de l’Aborigène Trisha Morton-Thomas et de Craig Anderson.

Dans une approche faussement didactique où les évidences sont décortiquées, et les préjugés explosés, cette révision de l’histoire par les victimes elles-mêmes prend les allures de la dérision : tant les faits s’avèrent infondés… Par exemple « aborigène », issu du latin ab origine, signifie « depuis l’origine » : en conséquence on se demande « pourquoi ils ne sont recensés comme citoyens australiens que depuis 1967 »

 


                                         History Bites Back

« Notre continent a plus de cent mille ans d'histoire noire, mais lorsque les Whitefellas ont commencé à construire leur pays au-dessus des foules aborigènes, ils ont cru que la population aborigène allait se dissoudre dans le néant… » s’amuse une fois de plus Trisha Morton-Thomas, l’une des plus ironiques et des plus effrontées des réalisatrices, acoquinée avec le metteur en scène Craig Anderson.

 

Histoires à dormir debout

Au palmarès des calamités sordides, dans la poubelle de l’histoire, viennent s’ entasser les pires des injustices et du non-respect de droits élémentaires.

 

Parmi ces histoires à dormir debout, l’invraisemblable dans des nations du meilleur qui montre le pire : inégalité insultante homme-femme au gouvernement comme dans la société, enfants aux mains d’une justice tortionnaire, transgenres dans le colimateur de la transphobie, traque des immigrés, inceste au quotidien, après la montée des eaux, harcèlement à l’école, chanteur engagé mystérieusement disparu, exploitation et spoliation des peuples dominés, irradiation au mètre carré, corruption sportive, le monopole, meurtres en série impunis, mutations culturelles, sacrification des minorités, minorisation des valeurs culturelles, improbable intégration, ice sans recours, etc…  Aucune nation épargnée !

 


                                        Le chaos sans fin

Impressions déprimantes. Le 19èFIFO semble avoir libéré sa parole : au niveau des réalisateurs, ou au niveau des organisateurs qui  offrent une plateforme librement contestatrice. 

 

Un article de  Monak

 

Tous droits réservés aux journalistes. Demandez-leur l’autorisation avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.

 

dimanche 6 février 2022

19èFIFO PukaPuka

 

Au cœur du mythe tahitien

 

Parfois les points de vue issus de documentaristes basés à l’autre bout de l’Océanie nous offrent une vision autrement perçue de notre propre environnement polynésien. Et ces moments de coïncidence ne cesseront de s’accroître par le biais de cette aventure en images que propose le FIFO depuis maintenant 17ans.

 

Notre imaginaire tahitien, déjà atteint par le cyclone Cliff qui s’abat sur l’atoll Puka Puka – archipel des Tuamotu – en 1992,  traversé par la chanson "  Te Vero "  de la paumotu Irma Porutu, se trouve à nouveau convié par le film de Gemma Cuberio del Barrio : THE ISLAND IN ME. Sauf qu’il s’agit de Puka Puka aux Îles Cook.

 

Puka Puka en chanson...

La réalisatrice hispano-américaine abonde dans le sens de la conjonction fortuite d’événements qui décident d’un film.  Ainsi confie-t-elle dans une interview : « Je n'aurais jamais connu Pukapuka ni Johnny Frisbie, si je n'avais rencontré Amelia Borofsky à Hawaii il y a près de deux décennies. Mon précédent documentaire primé Ella Es El Matador (She Is The Matador) était une idée qui a commencé par la lecture d'un article dans le New York Times. Ella était aussi un film sur deux femmes… »

 

Faut-il préciser que Pukapuka, s’appelait à une époque L’Île du Danger, à cause du banc de sable et des récifs d’Ouest qui protègent sa passe… et qu’elle fait partie du groupe des îles du Désappointement, pour agacer votre curiosité.

 

Une histoire de femmes

Avec Talcual Films dont elle est fondatrice, elle retrace le vécu de deux femmes et leur itinéraire de retour d’Hawaï à leur île d’enfance Pukapuka.  L’une, Amelia Hokulea Borofsky, est « la fille de l'anthropologue Robert Borofsky qui vivait à Pukapuka au milieu des années 1970 » ; elle est psychologue, ethno-psycho  pour la saisir davantage.

Un film, 3 raisons d'être...

L’autre, Florence Johnny Frisbie, seconde enfant de Ngatokorua a Mata’a et de Robert Dean Frisbie, originaire de l’Ohio, planteur, est connu pour avoir écrit ses voyages ou publié dans des revues. Tels : The Book of Puka Puka (29), The Island of Desire, An Island to Myself (66)  sans oublier “le cyclone de 1942 qui emporta 16 de ses îlots, les Frisbie ont survécu en s’attachant aux arbres et en se réfugiant dans des cabanes dans les arbres.  Née à Tahiti, elle passe la majeure partie de son enfance sur différentes îles, inhabitées ou non, Cook, Samoa. Orpheline, elle étudie à Hawaï ; travaille au Japon en NZ, aux Rarotonga, et devient « une légende des îles Cook à part entière. »

 

Une auteure océanienne en 1948

La réalisatrice mêlera dans le scénario une approche très personnelle. S’appuyant d’une part sur le témoignage, l’auto-analyse effectuée par les témoins elle-mêmes de par leur statut et leur parcours professionnel en université. Approfondissant d’autre part, prenant du recul mais aussi semblant participer de l’aventure. Les 3 femmes ayant une relation commune au voyage, à l’exil, un vécu avec le retour au lieu originel.

 

Une histoire d’île

D’Elles à Îles, il n’est qu’un pas. Comment s’approprier les espaces environnementaux, les lieux de la mémoire : les réactiver autrement pour y vivre pleinement, s’y épanouir sereinement. La réalisatrice semble très proche de ses sujets qui ne sont pas des personnages mais se re-situent autrement, en fonction du présent et de l’avenir.

 

“île flottante “, alors ?


L’expérience de l’adulte qu’elles sont devenues s’enrichit de la re-découverte plénière d’une île minuscule où les particularités culturelles sont très fortes et ancrées depuis des siècles. Florence Johnny Frisbie écrit dès son jeune âges sur son île originelle.

Amelia Borofsky, docteur en psychologie, « passionnée par la cohésion des communautés insulaires »  ne cesse de poursuivre ses recherches en matière de culture, créant ses propres modes d’évaluation, appropriés de l’intérieur. L’île : une matière vivante évolutive à n’en pas douter.

 

Une histoire d’écriture

Et pour nous éblouir encore et nous surprendre, nous apprenons que Florence Ngatokura " Johnny " Frisbie, (née le 19 juin 1932 à Tahiti), également connue sous le nom de Johnny Frisbie Hebenstreit, auteure des Îles Cook, publie à 16 ans (1948) son premier roman autobiographique pour enfants, Miss Ulysses of Puka-Puka.

 

En tournage…

Écrit en 3 langues – puka-pukan, samoan, anglais – son livre est donc la première œuvre littéraire publiée par une auteure insulaire du Pacifique.

Son second livre, Frisbies of the South Seas (1959), autobiographique également, est écrit après la mort de son père.

THE ISLAND IN ME

Conjonction de 3 formes d’écriture – l’autobiographie, la recherche en psychologie sociale, la mise en image cinématographique, THE ISLAND IN ME, nous convie au cœur d’une méditation active.

Un article de  Monak

 

-         Mes remerciements à Lalita qui m’a fait découvrir la chanson "  Te Vero "  de Irma Porutu.

-          NB : Pukapuka des Tuamotu, 200 hab., trapèze de 5,7 km sur 3, commune de Polynésie française - 14°55’S et 138°47’O – l’île aux tortues. Cyclone Cliff (1992).

-          Pukapuka des îles Cook, 507 hab., triangle constitué de 3 îles, 3km2 de superficie – 10° 52’ 59’’S et 165° 58’ 59’’O – Cyclone Percy (2004-05).

-          http://www.vers-les-iles.fr/livres/Femmes/Frisbie.html

 

 

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