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Le nouveau roman de de Monak à lire absolument

jeudi 30 juillet 2026

L’ÉTAU de Salah El Gharbi



Torture au quotidien

 

               «Ô Lecteur, face au climat injonctif qui brutalise L’étau –roman  de Salah El Gharbi signé au printemps 2026–, défie-toi des relents de dictature déchue, comme de ta dignité confisquée après la période phare 2011 ! Destinataire-miroir, il te convient de répondre à Bassam –pivot actant et écrivant–, par ce sourire de connivence que t’accorde en trompe-l’œil l’auteur, dans un simili futur d’anticipation.» 

 

                 Jeux d’écriture d’une époque troublée ou maîtrise d’un écrivain-chercheur dont la littérature demeure le métier ? Quant à lui attribuer un genre littéraire... Peu s’y hasardent... comme si les temps de l’oppression n’étaient pas encore advenus !!! Certains voudraient nous rassurer en qualifiant la fiction de délire parano d’un mythomane, – je désigne évidemment le personnage principal–, narrateur de surcroît !

              Sa victimisation –au son, au volume, à la lettre près–, en constitue le moteur, l’emballe, en dissèque même l’intrigue : encore fallait-il le mettre en œuvre, dans tous les sens du terme ! Et pour parfaire l’ambiguïté –conçue par le romancier–, j’opterai pour une œuvre tout à fait fantastique dans sa 1ère partie : le récit s’écrivant dans le présent non segmenté du narrateur-protagoniste-lecteur ; la seconde partie se marquant par l’oubli ou la résilience –tellement à la mode–, pour s’engager dans un processus romantico-idéaliste : «l’amour est sourd, muet» sans parler de son aveuglement. Mais ce serait mésestimer les compétences de l’auteur en la matière.

 

Le pire, c’est le vide culturel... face  aux  vociférations du monde

          Rares sont les écrits qui prennent autant de soin à manier les contradictions et à échafauder des paravents de protection aussi méticuleux... pour le narrateur enfermé dans les pages aussi tranchantes que les pièges systématiquement mécaniques, ondulatoires ou moraux autant que pour leur transcripteur de chair & d’os ! Le lecteur tranchera...

         Le monde du «Fais ce que veux à condition que personne ne le sache», mieux «du pas vu, pas pris», fonctionne à merveille, parfaitement lubrifié : la machinerie en est tout autant  performante et tourne au mieux...  L’instigateur –le malfaisant–, à la pointe des techniques les plus sophistiquées, n’étant identifié, aucun des recours –même virtuels–, ne peut se trouver contourné ni anéanti...  


Fantastique à plein   

        Suite à son 1er ouvrage, Perditions (2004), qu’il s’empresse d’étiqueter récit, Salah El Gharbi, poursuit son implacable rigueur d’enseignant universitaire en littérature française. Cette récente production, à la structure composite, se renvoie en écho, deux aspects d’une même réalité dont l’une s’approprie l’envers du décor. Par enchâssement bilatéral d’un double récit, L’étau débonde l’inénarrable : en premier lieu, il se fait débusquer, la seconde partie débauche l’intimité.

        Politique & relations intimes, encore versées de nos jours, au silence du tabou : la Constitution de 2022 réexpédie –tout en la limogeant–, la Tunisie au califat.

 

À contre-courant  de l’Engrenage du pouvoir

                 Si l’auteur n’en est pas à son coup d’essai politique, parfois romancé, du fait d’une génération prise en étau (!) par une Indépendance sacrément en danger, son ouvrage relève d’un genre très peu employé : le fantastique. L’irrationnel, faisant de son intrusion un présent de l’écriture, page après page, –avec ses assauts invisibles, ses décharges, ses menaces explicites, ses «tapages & tasages» intempestifs (p.69), issus d’un surnaturel infernal–, et son diktat réitéré dès les 1ères lignes : «Tu n’écriras point», psalmodié, tel un précepte exhibé du seul livre autorisé !.

               Né au 19ème siècle, le mouvement littéraire entre à plein dans nos sociétés contemporaines perturbées & chaotiques de par le monde, avant d’envahir le cinéma... Ce genre se justifiant –en tant que projet d’écriture–, face à une réalité d’une aberration & d’une absurdité éternelles !

 

Le châtiment liberticide

               D’une discrétion à toute épreuve, arbitraire à souhait, sans risquer d’être dévoilé, aussi efficace que le goulag, mais moins onéreux, épargnant tout personnel qualifié ou non, tout en s’appliquant à un maximum de contrevenants et destiné sans doute aux collectivités & groupuscules irréductibles : telle se définit cette "répression impérativement secrète", apte à interagir parce qu’endoctrinée...

          Cette pesanteur impersonnelle à ciel-ouvert disséminée à discrétion par «La Machine»(p.18) –engrenage-à-perpétuité–, sans même recourir à l’emprisonnement que cautionnerait quelque condamnation, s’adresse à quiconque revendique un soupçon de  liberté. «Être, se sentir, cogiter libre» équivaut à un délit majeur dans un bled où le pouvoir pense pour toi... en dépit des droits universels... L’opinion singulière subjective te définit par les idéologies communautaristes & despotiques comme AUTRE, dans ton propre pays : l’équivalent de la xénophobie ou de "l’hétérophobie, ou peur agressive d’autrui", définie en 1985, par A. Memmi.

 

« La vérité, quoi qu’on fasse, est révolutionnaire » (2016, GN)

              Il est vrai que l’unique personnage-narrateur –Bassam–, se permet deux infractions majeures : l’écriture & la liberté sexuelle ! Ce qui n’est pas rien dans cette Terre non-identifiée, majoritairement réactionnaire & conformiste.

              À certaines reprises, peut-on attribuer à Bassam, un certain complexe de culpabilité qui l’induit à «relativiser châtiment et dégradation». Entre Dostoïevsky & Kafka, les relents de préjudice trouvent  leur immuabilité et leur perpétuation dans ce consentement & cette passivité généralisés. Dénoncés ainsi dans Le Discours de la servitude volontaire, depuis 1574 : «Sans le soutien actif du peuple, les tyrans n'auraient aucun pouvoir. La désobéissance passive suffit à briser les chaînes de la domination». 

            Bassam conclut par le sourire que signifie son nom


Tabous or not tabous ??? 

             La critique locale évitant de "se mouiller", en qualifiant la plupart de ses romans d’intimistes, élude l’un des aspects-clé des romans réalistes de Salah El Gharbi à savoir : la peinture cinglante d’une société habituée à  fonctionner sur l’hypocrisie, l’aversion du qu’en-dira-t-on... surtout quand il s’agit de mettre en cause les femmes. Ainsi le subit Rihab –employée de maison–, à peine tolérée, difficilement  acceptée par le clan familial  dans La vie d’après !

           Si certaines de ses fictions décortiquent les relations familiales chagrines que semble uniquement offrir la Tunisie : outre une galerie de portraits pittoresques & tranchants, certains renvoient aux types dévastateurs de la belle-mère intransigeante, du patriarche obtus, au suiveur trivial & aux caricatures sans concession...

      L’essentiel étant de conjuguer évolution des rôles –masculin / féminin–, avec progrès des droits humains ou des perspectives politiques...

 

Et si on parlait des sujets qui fâchent ... ?

         Dans certaines figures ressortent les aspirations des jeunes générations à ne plus dépendre des impératifs de la terre et de l’honneur du nom... pour revendiquer une émergence des valeurs de reconnaissance mutuelle, de parité, ne reposant pas sur le seul milieu social et la précarité.   

          L’auteur ne se prive pas de nous faire côtoyer les lubies irrationnelles de certaines personnalités alambiquées : tel paterfamilias s’exilant pour se refaire une virginité ; telle matrone, gavée de principes jonglant entre fidélité, cruauté, vengeance...

          Une forme couverte de dénonciation de principes moraux collectifs inégalement abusifs & la manière dont chacun s’arrange pour en déjouer les excès.


L’avenir serait-il l’apanage des femmes ?

            La page finale de ses romans semble le confirmer. Dans La Vie d’Après, –dont certaines réponses semblent déjà annoncées dans le titre (2023)–, la dernière phrase (p.198) se clôt en s’ouvrant paradoxalement sur la totale émancipation de Rihab : «l’esprit et les sens entièrement affranchis». Abordez-le du point de vue que vous choisirez, mais l’analyse ne rappellerait-elle cet éclairage que nous devons à Aragon : « L'avenir de l'homme est la femme », en terminale de son recueil poétique Le Fou d’Elsa.

          Sans compter dans cette référence, la tradition andalouse du "zadjal" –ou chant poétique–, transmis en Tunisie par  "arud al balad".

         «Il est temps que je remette tout à plat et que je prenne mon destin en main», déclare Najla – «très résolue»–, en finale de L’Étau (p.184).

 

Alors les Femmes, on pense ?!?

                De même, l’acharnement et la persécution systématique s’appliquent à des individus isolés : semblent concrétiser une volonté de nettoyage & s’étendre subrepticement aux porteurs d’opinion. Les plus exposés, victimes d’intimidations et de persécutions systématiques, s’avèrent insignifiants, très ordinaires, otages de bourreaux machiavéliques, à la merci de factions incontrôlées. Plus faibles, en butte à des protocoles similaires aux lavages de cerveaux, ils finissent rapidement par craquer psychiquement & dépendre de traitements médicaux lourds.

             Captive de la nuit, de l’isolement, de pouvoirs occultes qui «lient les mains de la démocratie» ou inversement (p.26), la menace cible les intellectuels...les isole par calomnie, fait éclater leur couple... La norme disparaît... «tapage & tasage» (p.62), discrédit & terreur(p.91), la coercition rythme le chaos : «On ne joue pas avec l’autorité» sera repris plus loin

        Soyons cohérents ! Dans un contexte de lâcheté congénitale, le narrateur-écrivain se trouve à la merci d’un hackeur, qui lui pirate le système mental, dans un contexte d’Absurdie, et d’obscurantisme, identifiables au pays et relevant de forces mythiques infernales... caractéristiques des légendes populaires...


De Maryse Condé au Cauchemar ... 

           Comment écrit-on en période de crise ? Quand aucun espace de libre expression –voire de réflexion basique–, ne subsiste & que ne se dessine aucune ouverture à l’action ? Dans les années de turbulence culturelle à la tunisienne –qui n’étaient pas paradisiaques non plus, juste foisonnantes–, Tunis reçoit Abdellatif Laâbi, au sortir de prison marocaine, sans pour autant amnistier Gilbert Naccache. Le militantisme de gauche... d’après les indépendances, exaspère les dirigeants, provoquant incarcération au Maghreb... et une "littérature carcérale" dont on se serait abstenus volontiers...

         Le retour aux sources maliennes, même liberticides, induit la visite de Maryse Condé, au cœur d’une nation au "statut personnel" en plein essor scénique. Qui pourrait recenser véritablement les lisières de son assertion  ? «Un écrivain a 2 vies : une vie rêvée & une vie réelle»

Entre  canicule  &  ténèbres...

            Combien d’ouvrages féminins de qualité, taxés de négatifs, ces 20 à 30 dernières années semblent oblitérées, personne n’en peut estimer le nombre... De 1989 aux années 2001, ces recueils poétiques ou fictionnels répondent «aux abonnées absentes», et touche même des écrivaines prometteuses...

         DORRA CHAMMAM...  Ces titres internationaux primés de : LÉA VERA TAHAR, co-écrit, adapté au théâtre & joué au Club Tahar Haddad (1995) avec Monak–comme CHKAKEL–, de 2001 à 2012, etc... ou l’incroyable NASSWA (1998) de HÉDIA BARAKET...  qui nous immerge –entre autres domaines interdits pré-révolutionnaires–, dans le monde parallèle d’une séquestration rééducative... !!!

 

L’urgence de témoigner !!!  

              Si son tout 1er écrit publié le sort de l’anonymat par une «riposte», «un instinct de survie»... quelques 20 ans plus tard, l’atmosphère ambiante n’a pas vraiment évolué. Personne ne se trouve à l’abri de la rivalité, de la détraction, du harcèlement, de l’intimidation et des persécutions...

      Les barrières de la pusillanimité étant tombées, s’installe  un chaos plus agressif, désinhibé et cynique...  propice à une terreur  sournoise.

Et  pour  demain ???


            « J’écris dans l’urgence. Dans ce combat inégal, je n’ai qu’une seule ambition, celle d’interpeller les consciences libres et de les amener à réagir contre l’arbitraire et le mépris»...  affirme cependant Salah El Gharbi....

             Entre un monde qui se voudrait meilleur et les promesses de l’Amour décomplexé...

 

 

Un article de  Monak

 

       Tous droits réservés aux auteurs du Webzine avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.


mercredi 8 avril 2026

HAKKA 2025, le pôle motu de JimmyLY

JIMMY MARC LY... for ever

 

         Que tout* écrivain doute de soi... Jimmy LY n’y échappe pas ! Une foi pile ancrée dans la logique des artistes créateurs... proches, lointains, à l’abordage ou dans la mouvance de l’acte  qui inaugure : cette incertitude lui justifie sa légitimité de transcripteur... toujours en quête d’absolu. La griffe JimmyLy !

     Que la conjonction d’alphabets aussi improbables, dans le minuscule creuset insulaire, provoque autant de remous & si peu d’avenir pour toute publication venue s’adjoindre à une contemporanéïté aussi chaotique ! ... renforce ce sentiment d’abandon...Mais...

      Qu’il culpabilise au point d’aspirer à sa "rédemption", comme s’il devait obtenir son blanc-seing pour avoir osé émettre un avis dans le maelström des cultures qui s’emboitent...

 

           Sérigraphe de métier pour la Maison Mère AH YOU, calligraphe à ses heures perdues, attentif au trait, à la couleur locale, à cet humour alerte qui brosse les trames secrètes des légendes urbaines de ses récits & les Sagas d’une réalité socioculturelle émergeant d’un de ces volcans endormis de la Ceinture de feu...

       Telle se révèle la nature effacée de Ly Gnen Sang, mieux connu sous le nom de JIMMY MARC LY, tranchant sur les écrivaillons venus d’on ne sait-où, agitant leurs carillons de réputation langagière –à la manière de quelque catin gouailleuse–, régurgitant quelques pages ressassées & éculées... Pourtant, ainsi s’avère la tragique réalité de notre 21ème siècle...

     Hélas ! les plumes ne s’affûtent que pour insister pesamment sur ce qui est déjà connu & seriné entre coamateurs bibliophiles, non pour faire office de découvreur de talents, dans notre monde délétère... !

     Une personnalité dont la conscience a toujours été de se situer entre deux mondes, cet entre-deux, –déclaré inexistant pour "haute dérangeance diplomato-politique"–. Une identité plurielle que l’opinion publique n’a jamais admise comme polynésien(ne) à part entière... Bien avant que ne soient banalisés pour les 60 dernières années,  Nouvel An Chinois & Miss Dragon... Rien d’apaisant, mais le statut qui vous tire des larmes, vous renvoie à votre apparence, à votre entière différence... au même titre que le mā'a tinitō (adopté pour tous en général, en tant que cuisine chinoise en reo mā'ohi ou langue tahitienne).

Jimmy LY en hakka

        L’univers de nos îles minuscules, ne présentant aucune commune mesure avec l’Art de la miniature ni la délicatesse de la porcelaine mais relevant de la grossièreté intrinsèque aux jouisseurs d’empires, imbus de leur supériorité mercantile jusqu’au bout des ongles.

        Car la reconnaissance d’une minorité sino-polynésienne –native jadis du HAKKA ne s’officialise enfin que dans la 2nde moitié du 20è. siècle : bien après les dernières indépendances coloniales de 1962 ! Et encore n’est-elle qu’administrative ! Ce qui signifie qu’elle fut longtemps imposée comme une sous-citoyenneté d’apatride, sans même d’immatriculation... à peine dotée d’un "semblant d’identité chinoise" (T.2 p16). 

      De cette communauté trans-culturelle, l’auteur en tirera sa force mais aussi énormément de faiblesse touchant au désespoir traumatique.

    Avec son récent ouvrage, –Tribulations polynésiennes d’un PAK KUI TSAI HAKKA : Le Tifaifai des Choses de Ma Vie–, réparti en 2 tomes A4 d’environ 350 pages chacun, Jimmy Ly se libère de toute contrainte qui aurait pu l’entraver depuis sa jeunesse & se livre à visage découvert, en s’épargnant les desiderata d’une Maison d’Édition (2025 à Tahiti).

 

L’identité de l’ombre  

          Parcourez les multiples illustrations, au hasard des objectifs, émaillant cet ouvrage, que l’auteur déclare ultime : mais rien n’est moins sûr. Enfin, nous nous sentirions à la fois, indignes d’un testament présumé autant que frustrés d’une suite possible. Ce qui constitue le privilège du lecteur !!!!

      Voyez : dès son jeune âge, Jimmy Ly est cet enfant au sourcil froncé, auquel les tiraillements éducatifs & le regard public n’accordent que très peu de place. La preuve ?

       Nous estimons nécessaire de lui attribuer un "blason" à la manière des "graffeurs"  du street art : nous prononçons dans le même souffle "JimmyLy"; pour bien le distinguer par sa couleur asiatique d’un Américain foulant nos plages de sable noir... D’autant qu’il calligraphie à la chinoise... pinceau de martre en main...   



L'éternelle question ...

        Quelle légitimité pourraient s’accorder ses débuts ainsi que sa continuité ? Ni celle de "Sage philosophe", porteur de tout privilège, ni celle du métier, dans la mesure où le lectorat francophone ne lui assure pas son gagne-pain. Car, démuni de toute infaillibilité, affirme-t-il, il se détermine inlassablement en quête de savoir. 

       De même, son vécu –bien qu’il le rende heureux au maximum–, grâce à un caractère agréable & inventif, mû par une insatiable imagination, le trempe-t-il dans "une mosaïque de vies, manière tīfaifai" (T1 p28)–, sans en omettre le sens de "rapiécé, raccommodé", inclus dans cet ouvrage de haute-couture traditionnelle.

       Comment s’y retrouver, dans ce monde à double facette ? 2Chine(s), 2France(s) : l’envers & son décor, le "côté recto" du 1er Tome –celui de l’officiel, celui qui se doit prendre en compte : l’Autre, le Tout-venant– ;  le "côté verso" –, celui où il se révèle au Tome2. Dans ce heurt des Titans, "JimmyLy" se trouve entre marteau & enclume, "parenthèse" (T1 p46) que le cinéma ne console pas.

      Résulte le magistral "complexe" du «colonisé»... autrement perçu par ce titre humoristique à la Jules Verne : des "Tribulations" autrement sino-polynésiennes... avec la découverte de la laïcité, celle de l’injustice, annulant toute ancienne conviction !!!

 

«Noir c’est noir !» 

                    Le retour au fenua–au bled–, sera vécu comme une régression : "Tout est devenu hier" (T2 p16...). "Colonisation des esprits" (T1p149), sans espoir de mutation, duperie suprême, se soldant en "mutismes îliens" (T1p206) : le mouroir, la soumission, le carcan de la rigidité conventionnelle orchestrée de concert par la moindre inflexion tahitienne. "Comment devenir quelqu’un quand on n’est Personne"(T1p209).

        Ne lui resterait que la Musique : seule façon d’exprimer opinions & sentiments sans avoir à les "blanchir", ni à les entériner.

        Reste aussi de se consacrer scrupuleusement aux croquis –silencieux à nuancer–, destinés à la Maison de stylisme de Madame Mère : MARIE AH YOU

      Et là ! pudeur extrême ! ou cérémonial de vénération : aucune des collaborations artistiques de "JimmyLy", –hautement psychédéliques–, ne seront affichées, même à l’ère de l’image... Confidentialité de styliste : mode oblige ! Et son impact ne fut pas anodin !

 

 René Bélance  se dit : « Moi nègre...»

                                         

         Par contre, tout ce qui participe de la Culture du pays, ne peut s’enterrer dans l’oubli : surtout depuis cette mouvance universelle du retour aux sources des années 70 –entre autres révolutions culturelles & humanitaires–, qui en fera partout leur renaissance ; excepté pour la frange hakka, dont l’herbe se voit couper.

        Cette excroissance HAKKA, totalement détachée du continent matriciel, se noie dans les ténèbres, tout comme les parcelles de vastitude auxquelles se rattache la génération de compositeurs dont le trio (Joe Dassin-Brel-Halliday) & l’image d’une Amérique fantasmée à la Norman Rockwell (1894-1978).

      Tout comme une certaine Haïti –île natale de René Bélance (T1 p280) –, revendiquée ouvertement bien qu’occupée par les USA (pendant 19 ans). Des figures à vous forger sans conteste si vous disposez d’un espace plus vaste qu’un vivarium...

      Se pose le racisme rémanent des États Blancs –épinglé par l’anti-impérialisme de Bob Dylan (T1 p308)–, toujours pas plus résolu encore aujourd’hui... le soif de liberté pour tous, pas plus que les inégalités sociales (Gilets Jaunes T1 p325) malgré les brassages constants de populations...

 

À côté de la vraie vie ?

             Serait-il passé à côté de la vraie vie, "JimmyLy", dans la machine à laver des 5 archipels, qu’altère la "défiance atavique des Tinito" ??? La question reste entière depuis Le Crabe-Tambour (T2 p16). Trop petit, trop isolé malgré ses initiatives d’Associations culturelles : l’une à vocation "transmissive", la seconde créatrice. Toutes deux s’appliquant à un creuset en évolution : à coups d’innovations, de découvertes, d’adaptations & de créations d’actualité...

        Éreintant le contre-courant ! Même la musique en général, –au cours de l’accomplissement du jeune JimmyLy–, finit par taire ses paroles contestataires (T2 p58)... & laisse retomber les montagnes d’espoir ! Les "Enfants de la Bombe & d’Euromarché" troquent leur euphorie pour une "lassitude de vivre" (T2 p90).

      Le plus irrémédiable des cancers radio-induits : c’est de se trouver "en exil de [sa] communauté & orphelin de ses utopies". Communauté polynésienne au sens large, s’entend, car métissée dans les faits depuis les plantations (1862), les mobilisations générales pour les 2 conflits mondiaux du 20ème siècle  : eh oui ! C’est que, située du côté du soleil levant, la Polynésie passe à côté de son Histoire... Bien avant toutes les autres nations, & en avance sur son temps !

      "Un errant je suis" (T2p80), constate-t-il, sans pouvoir s’amarrer sur ce qu’il croyait sa Terre, son fenua, sans pouvoir y déterrer quelque racine. Par un tour de passe-passe entre indigénat & citoyenneté... "Le pays que j’aurais tant voulu dire mien"(T2p85) : n’existe pas.

 

Et SI ... à la Kipling .... 

        "Le hiatus continue de s’étendre", l’exil ne s’éteindra... On ne reconstruit pas sur ce qui vous a été dérobé par la force de la politique & le gant de velours des écarts qui ne cessent de se creuser entre les membres échoués au hasard des îles... "Sous-Chinois" (T2 p326..), Sous-Français, Sous-Polynésiens surtout !!!! Il est des deuils qui jamais ne cicatrisent !

       "Un errant hakka"(T2 p80) où la valeur de l’Homme s’est égarée...

      Qu’avons-nous à léguer ? Une culture des morts à réinterpréter... Les jeunes se la réapproprient, déformée, amputée de sa langue : en feront-ils "sauter les carcans traditionnels... au risque de se voir dénigrer" (T2 p329) ?

      Le danger se renforce avec les "TENTATIONS INTÉGRISTES" !!! abondamment répandues, toutes collectivités confondues... Question de racisme sous-tendue par "la course irrémédiable au pétrole" (sic 2025 !!!)

      "Le vieux monde se meurt" ! Resterait alors l’image prophétique : elle a bonne presse en nos temps troublés, face à cette sclérose

       L’écriture révolutionnaire...

       La jeunesse l’écrira peut-être (T2 p 341) ... "sur nos traces effacées"...

 

     À la veille de 2026, année du Cheval de Feu, la jeune génération piaffe d’impatience  à Tahiti, espérant s’accomplir ...

Entre vents & marées... 

     Ne vous reste qu’à vous plonger dans ces deux manuels très clairs & très denses, suffisamment nuancés & documentés pour vous laisser libre cours à la réflexion. L’analyse politico-culturelle qui en découle, ponctuée d’émotions de toutes sortes, vous la personnalise finement en vous ménageant des portes ouvertes...

    Car c’est en son nom seul que JimmyLY s’exprime... sans détour... Sans véhémence ni quelconque forme de harcèlement, il vous invite à parfaire ses allusions... à creuser là où vous pourriez vous indigner... tout en ménageant sa propre discrétion...

   Exercice de style particulier & original... Suffisamment balisé pour vous indiquer les itinéraires potentiels, Il est "bouteille à la mer"...

   (Ne l’oubliez pas !)

    Gigantesque questionnement que l’auteur vous renvoie sans fermer le propos. À vous d’en décrypter les multiples conséquences... & chapitres lacunaires à compléter...

 

Un article de  Monak

 

Tous droits réservés autorisés par l’auteure à toute requête d’utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.

 

* : Parfois, certaines allégations, d’une utopie crasse, imputent aux dispensateurs d’écrits une innocence vertueuse dont la probité se salit de médisances de boudoir... faute de pouvoir les noyer dans le lagon ! Mais il est tellement réconfortant d’en être persuadé.e que le lagon puisse continuer à s’endormir tranquille. Que les qualités de JimmyLy puissent affecter ses détracteurs ignares, ne changera pas la face de ce ramassis d’"influenceurs" véreux...

 

Un livre toujours inachevé...

PS1 - Il est des vérités qui suintent... à nous de les transmettre... quand la bienséance n’en autoriserait que le quart du millième... & encore !  sans  ponctuation !!!

PS2 - Se décrocher de cet article ? &... la quotidienne fréquentation –plaisir partagé entre les pages, au long des lignes, entre les lignes –, avec mon interlocuteur d’encre & de plume, s’achève d’un coup... Comme s’arracher d’un coup au dialogue... de l’interlocuteur muet ...