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Le nouveau roman de de Monak à lire absolument

samedi 5 février 2022

19 ème FIFO des Courts



Les Courts-Docs au balcon

 

La section fenêtre-sur-courts se trouve particulièrement percutante, pour ne pas dire "explosive". Le très court a rencontré ses prodiges... et se délecte dans le documentaire plus qu’impactant !

 

Ils ne sont que 9 en cette 5ème édition, mais ils véhiculent du lourd dans tous les domaines et sous différentes formes. Disons carrément qu’ils approfondissent aspects, vécus culturels océaniens et s’attaquent sans faillir aux sujets plus que dérangeants :

 

La répression encore

Préjugés ethnocentriques, exacerbation narcisso-politique, révolution identitaire, dénonciation ou résolution de cette gangrène colonialiste qui sévit à plusieurs niveaux de la morale et de la société, épisodes d’une histoire occultée constituent de véritables fulgurances, révélant au plus près la mentalité océanienne.

C’est tout bon pour le spectateur qui se voit totalement imprégné du way of life polynéso-océanien.

 

Réhabilitation et dénonciation historique

Trois épisodes étalés dès le début du 20ème siècle émaillent la perception historique océanienne : ils mettent en exergue la légitimité des peuples originels face aux mensonges ou à l’occultation des périodes abusives et gardées secrètes, grâce à des subterfuges impensables. Mais tout se découvre enfin : la vérité océanienne avant tout !

La série s’ouvre par the Mau movement of samoa, rétrospective des abus et répressions des années 20 qui aboutit à l’indépendance de Samoa (1962). Dawn Raids, en Nouvelle-Zélande, traumatise des générations de migrants (depuis la 2nde Guerre Mondiale). Murder in Paradise, scènes d’esclavage en plein milieu du 20ème siècle sur l’île de Niue, s’achève par une révolte et un semblant de quasi normalité que concède un protectorat ; hélas, aucune relation avec la série policière Meurtre aux Caraïbes, qui elle, présente l’avantage de la fiction ! La Production Tikilounge n’hésite pas à s’engager dans la lutte contre le racisme et ses formes les plus perverses.

 

Enfants aborigènes victimes…

Concis, denses pourtant, compte tenu du respect de la déontologie du documentaire, ils ne manquent ni leur cible, ni de faire figure dans les créations militantes ou solidaires. La vérité requiert du courage. Dans le même genre descente aux enfers historique, l’épineux dossier des abus carcéraux sur mineurs qui se voit accéder à un semblant de compensation au bout de 45 ans de terreur, de démarches et d’enquête : WHEN NOBODY was looking.

Toujours en Nouvelle-Zélande, mais avec cette seconde production (Notable Pictures) qui peut traiter sur le mode de la dérision, autrement que par l’horreur le mépris culturel : Haka haha.

 

Dualité : mythe et réalité

Conjonction sélective, le genre apparaît plusieurs fois dans ce 19ème FIFO, sans compter la section Fiction : la préoccupation étant déjà résolue dans les légendes ancestrales avec KAPAEMAHU (Hawaï), réalisé sur le mode Animation.

La nouvelle revendication genrée à Samoa (réalisation Hawaï), apparaissant dans The Rogers, avec un groupe de danseurs Transgenres (FTM). Le sujet est d’actualité dans toute l’Océanie où les mineurs, quel que soit leur genre, sont tabassés, jetés dehors par la famille, fuguent et se suicident. Comme à Tahiti : il n’est pas que la légende qui convoque aussi Tahiti !

Nouveau genre ?

Et si la cuvée FIFO 2022, vous semble un brin excellente, elle le doit à des réalisateurs, qui parfois se sont déjà signalés antérieurement et qui sont d’une finesse extrême : en l’occurrence pour les 2 films, Dean Hamer et Joe Wilson, par exemple.  

Au-delà du drame majeur de générations de mineurs, totalement broyés par l’implacabilité psychorigide d’une société dévoyée moralement par le colonialisme prosélyte, se pose la redécouverte des fondements de la culture océanienne. Le thème figure aussi dans les autres sections de ce FIFO, tant il est incontournable.

 

Particularismes culturels océaniens

Retourner aux sources des fondamentaux culturels est abordé dans Hawaiian spiritual guardians – ‘Aumakua, (Hawaï) dont l’analyse est particulièrement poussée : à travers totems, appartenance à la nature, coutumes, perception sensible à l’environnement (pierres). Il n’est pas sans correspondance avec le vécu tahitien. Et j’avoue avoir un petit faible pour la teneur de la démonstration.

 

Sur la même longueur d’onde

Ne vous reste plus qu’à puiser sans effort, en symbiose dans la beauté des mots, des idées, des sensations d’eau, de fluidité, d’écho, de larmes, de sincérité et de paradoxe que nous livrent les poètes néo-zélandais (Tuwhare) à travers les images de Wind Song and Rain.

Les passerelles sont multiples dans ce 19ème FIFO qui nous invite entre le voir, le dire et l’écrit.

 

 

Un article de Monak

 

Tous droits réservés aux blogueurs. Demandez leur l’autorisation avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.

 

 

19 ème FIFO : Courts-Fiction


Fiction documentaire : l'avenir

 

Au documentaire qui se nourrit de passé récent ou d’actualité, une petite incursion dans la 12ème Nuit de la Fiction vous invite à vous projeter dans le futur… du moins à en conjecturer les contours. À l’inverse de la réalité se situe-t-elle dans l’impossible ?

 

          En fait, apparemment, réalité et fiction ne semblent pas si opposées. Toutes deux stimulent l’avenir ; se conjuguent-elles pour dessiner des utopies. Le 19ème FIFO inaugure, en partenariat avec l’Association des éditeurs de Tahiti et des îles, un projet d’Atelier d’adaptation « dédié à l’écriture de scénarios issus d’œuvres littéraires polynésiennes »

 

Contre le harcèlement

Si le documentaire semble poser une réalité incontournable pour que l’Océanie se fasse entendre et comprendre du monde entier… il semble aussi que le cinéma de fiction ne dispose pas des mêmes assises à Tahiti, berceau du FIFO, pour pérenniser le cinéma de création.

 

À relier donc, avec les thématiques de la section Fenêtre-sur-courts. Les courts de la fiction qui ne dépassent pas 21 mn semblent parfois illustrer les particularismes mis en place et développés par le documentaire océanien.

 

Extrapolation scientifique ou fantastique

D’abord les courts qui touchent à l’extrapolation scientifique ou au cinéma fantastique reposent sur des fondements psycho-sociaux ou environnementaux sérieux : le néo-calédonien 52 MÈTRES PLUS TARD de Frédéric Rabaud et Clothilde Gourdon transposent la chasse au cochon sur un île maintenant engloutie par la montée des eaux.

 

Le français SPARK, met en jeu une fourmi qui cherche à éviter le plancher des vaches. Pour la même raison ? mystère ! Le traitement technique vous offrant l’alternative de le ranger dans le pur gag ou de lui attribuer un sens plus profond. Notre fourmi étant bourrée de réflexes vraiment humains.

L’immigration, une issue ?

L’hawaïen RIVER OF SMALL GODS, de Bradley Tangonan semble se rattacher à la fonction des pierres habitées de mana. Toute une attitude à interpréter selon des principes spirituels ancestraux.

 

Avec Hiama (N-Z) de Matasila Freshwater, c’est le débordement de la possession sur fond de harcèlement raciste. La magie entre de plain-pied sur la simple énonciation d’une évidence propre au schéma de communication : « je n’ai plus peur de dire ce que je pense ». Normal !

 RED HOUSE de Gérard Elmore tient-il simplement de la résurgence d’un traumatisme ancien ? Il peut s’inscrire dans la catégorie suivante des documentaires-courts comme une étude de cas. Trash dans tous les cas. L’atmosphère ne semble anodine nulle part….

Des solutions à la détresse ...

À base d’abus sexuels paternels, THE BLACK PEN se résout comme une énigme dont tenants et aboutissants se mesurent en termes de complexité. L’exil encore et l’intégration en question, avec URCHIN de Taofia Pelesasa. La nuit n’étant pas exempte de traquenards incommensurables où tout peut basculer et de coups de théâtre.

 

         KAMA’ĀINA : CHILD OF THE LAND de Kimi Howl Lee expose le sort d’une jeune fille mineure dont l’identité de genre n’est pas admise par son environnement proche. En pleine errance, sans réelle protection, elle trouve refuge dans un campement improbable, un bout du monde incognito. 

Si le genre m’était conté …

Totalement inattendu HAWAIIAN SOUL de ‘Aina Paikai, avec une sorte de biopic du musicien militant Georges Helm qui disparaîtra mystérieusement dans l’océan âgé de 27 ans.

C’est que dans cette succession de fictions, la seule création de type universel qui ne ferme pas les portes de la gratuité et de l’humour reste CASHBACK de Zoé Eisenberg : l’une des plus courtes aussi. 

Terminons donc sur cette note légère qui ne manque pas de poser en retour des questions de bon sens.

 

Un article de Monak

 

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mercredi 2 février 2022

19èFIFO La compétition

 


Impressions d’avant-première

 

À quelques jours de l’ouverture de ce FIFO hybride où se cueille à portée de mains l’accès aux sections gratuites des courts-métrages de Fenêtre-sur-Court et de la 12ème Nuit de la Fiction : en numérique comme en présentiel, laissons place à nos impressions générales sur les « FILMS en COMPéTITION »

 

Sur une petite majorité de plus d’une heure, les plus courts dépassant tous les 52 mn., notons que l’exercice du documentaire mené de belle façon structurellement, pèche parfois par manque de rythme. Paradoxalement le plus long MY NAME IS GULPILIL (presque 2 heures) ne transpire pas l’ennui, sans cesse relancé par sa dimension spectaculaire : car il se base sur le biopic atypique d’un acteur fétiche australien, véritable star primée internationalement, l’aborigène Gulpilil.

 

Gulpilil Aborigène : un combat

Il est vrai que la réalisation, signée Molly Reynolds,  atteint une qualité esthétique qui lui a déjà fait remporter le grand prix FIFO-France Télévisions du 13ème FIFO 2016, avec Another Country, en collaboration avec le même acteur, récemment décédé. L’intensité de  THE BOWRAVILLE MURDERS d’Allan Clarke nous tient en haleine, tant nous sommes concernés par une issue heureuse après une trentaine d’années de galère.

 

C’est qu’entre autres exactions en tous genres, l’Australie semble tenir le pompon en termes de crapulerie politique et éthique dans le panorama des peuples océaniens. 

 

Perspectives ou effets de résilience ?

En effet, rares sont les longs-métrages de cette session qui laissent transparaître un avenir positif.  Avec NOUVELLE CALEDONIE, L'ILE SAUVAGE, la Nature semble avoir maintenu ses droits, depuis les temps préhistoriques. Survivances en pleine éclosion, "l’île fossile" est en bonne santé ; et si le cagou ne sait toujours pas voler, Rémi Laugier n’en finit pas de nous éblouir par une faune qui n’existe nulle part ailleurs.  

 

Dans le même ordre d’idée, l’accent est mis sur la solidarité avenir de la planète, avec ALICK & ALBERT. Sur fond musical aborigène, une prospective de prévention mise en place par la rencontre improbable entre artiste australien et moyens océanographiques assurés par le souverain monégasque. Une amitié aux conséquences constructives où la transmission s’échange entre tradition et science. 

 

La Case Sud in MAXHA

Dans MAXHA : RELEVER LA TETE, co-signé par Emmanuel Tjibaou et Nune Luepack, la volonté politique, faisant suite à Melanesia 1975, s’ouvre sur des perspectives évolutives, à base d’interaction entre chefferies et toutes communautés ethniques calédoniennes. Se partage l’espace symbolique de la Case Sud, imposant le rythme solennel du code coutumier, arrachant « l’arbre de la discorde » pour se fondre en un seul peuple. Utopie ? 

 

Les Films qui font mal

Si OCEANS APART - GREED, BETRAYAL AND PACIFIC RUGBY, traite des malversations politiques privant scandaleusement les joueurs samoans, fidjiens et néo-zélandais des fruits de leurs talents de rugbymen, appréciés mondialement, souhaitons à ce film signé Ales Haudiquet de faire assainir le statut scandaleusement impensable de l’Ovalie à l’international.

 

140 KM A L'OUEST DU PARADIS ne manque pas, en Papouasie-Nouvelle Guinée, de nous montrer les pratiques néo-colonialistes sans vergogne qui spolient de leurs terres, de leur avenir, les tribus dénuées de recours juridique par le biais des multinationales : réduisant à l’état d’objets de foire les populations qui trouvent dans la caméra de Céline Rouzet l’opportunité de faire entendre leur détresse.

 

Le British Atomic désastre en Australie

Le fait nucléaire à l’ordre du jour, pour la révélation de crimes contre l’humanité (1956-63), classés « secret défense », pour ce documentaire de Larissa Behrendt, MARALINGA TJARUTJA, dans le sud australien.  Disparition des sources, détournement de cours d’eau, viols et enlèvements, irradiation de populations dans leur lieu de vie, métamorphose des sols, contamination, mort de clans nomades… le bilan est grave.

 

Ceux qui retournent nos convictions

Au chapitre de la discrimination sexiste, STRONG FEMALE LEAD de Tosca Lobby & Rachel Grierson-Johns, le ton sciemment teinté de dérision pour nous interpeller sur la goujaterie, la perversion misogyne et l’abjection masculine mettent en exergue l’effet inverse. Le passage au gouvernement de Julian Gillard semble occasionner une révolution des mentalités, au point que son dernier discours soit mis en chanson comme hymne d’émancipation féminine.

 

Le monde du mythe hawaïen changerait-il avec CANE FIRE de A. Banua-Simon ? De l’expropriation des autochtones, des massacres, de l’image clinquante du cinéma hollywoodien, le 50ème état américain ne serait-il en train de mettre le feu aux poudres en revendiquant son identité originelle ? L’image de l’incendie de la plantation, signe des révoltes d’antan, le laisserait supposer. Un film prémonitoire ?

 

Femme au pouvoir : la curée

Nous reste l’utopie de THE ISLAND IN ME, réalisé par Gemma Cuberio del Barrio. Une dizaine d’années pour développer le documentaire du retour de deux femmes sur leur île originelle de Pukapuka (Polynésie). Avec ce retour aux sources, c’est aussi la découverte de Amelia Hokulea Borofsky (fille d’anthropologue) et Johnny Frisbie, née à Tahiti et auteure de Miss Ulysses of Pukapuka (écrit en langage de Puka, en samoan & en anglais en 1948).

 

Johnny Frisbie auteure née à Tahiti

à travers les films, retenus pour le FIFO, reviennent certains leitmotive : par exemple, l’aura d’un certain explorateur Cook, semble dangereusement décliner et se voir déboulonner du Canada, à Hawaï, en passant par l’Australie. La page de la colonisation serait-elle en train de se tourner ? 

Et pour toucher du doigt la lutte contre le dérèglement climatique entrons à plein dans les accointances musicales qui se sont transmises ou partagées sur les parcours maritimes  d’Océanie, depuis des lustres avec SMALL ISLAND BIG SONG. S’opère une véritable solidarité de compositeurs-danseurs autochtones… et se découvre un trésor d’instruments primitifs, pour le moins surprenants, dans les images de Tim Cole (Australie). Bain culturel assuré. Une petite merveille de montage musical à travers l’Océanie.

 

Préparez vos mouchoirs et un masque sanitaire de rechange : larmes assurées. Quel que soit le sujet. Pour cette session l’émotion est forte : qu’elle vous inonde de bonheur ou de tristesse.

 

 

Un article de  Monak

 

Tous droits réservés aux auteurs, sous réserve de leur autorisation avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.